4. janv., 2019

Le Nouvel-An et la bise

Au fond, le Nouvel An, ce n’est pas si grave, surtout si l’on peut arguer de son âge et de sa fatigue pour n’avoir pas à veiller jusqu’à potron-minet. On soupe frugalement d’un potage aux légumes mais on s’offre tout de même à dix-neuf heures une coupe de Champagne qui suffit à alanguir et à décourager toute velléité de veille.

Puis minuit se célèbre dans les bras de Morphée.

Douce nuit donc, qui prépare à l’épreuve des voeux incantatoires.

Dès le premier janvier, on n’échappera pas aux souhaits de « bonne année »… et surtout « bonne santé… c’est le plus important , n’est-ce pas? » Et cela va durer tout au long du mois avec, à l’approche de février, l’inévitable clausule: « On peut encore dire bonne année et bonne santé! » Mais oui, on peut… hélas!

Là non plus, ce n’est pas si grave car on ne cesse de formuler des voeux dont on sait qu’ils sont inutiles – ne changeant rien au cours des choses – mais dont la politesse exige qu’on n’y déroge point. Ainsi en va-t-il des « bonne journée » – que l’avarice langagière du Vaudois résume en un simple « bonne! hein! » – ou des « bonne nuit » qui ne consoleront nul insomniaque ou alors des « bon appétit », horrible locution qui sort de nos bouches avant qu’elles ne s’empiffrent, sans égard pour ceux qui n’ont rien à manger.

Ainsi en va-t-il des coutumes ordinaires. Une fois encore… rien de bien grave.

Ce qu’il y a de grave, ce qu’il y d’insupportable, ce qu’il y a d’indécent, de dégoûtant, d’obscène, d’abject, c’est l’habitude des « bisous » qu’on s’autorise à imposer avec une générosité compulsive. Il se faut hisser ou abaisser vers la joue qui s’offre à la léchouille obligatoire, consentir aux effusions humides en veillant à ne point griffer ses lunettes à celles de l’agresseur – les miennes coûtent près de deux-mille francs, non remboursés –. Et si l’on tente de résister un peu, en tendant à bonne distance une main chaleureuse, on se fait rapidement remettre à l’ordre: « On se fait la bise, hein? »

La bise, vent froid et glacial venu du nord, mais qui, dans son sens météorologique, désigne un courant qui, pour être parfois désagréable, a l’avantage de demeurer sec.