10. févr., 2019

Les neiges d'antan

Que ce refrain ne vous remaine: Mais où sont les neiges d’antan? (Villon)

Janvier s’est achevé dans les frimas après avoir revêtu son manteau de saison. Le Lac de Joux travaillait à geler, faisant ainsi son métier d’hiver. Et voici que, pour donner raison aux grévistes du vendredi, le climat se réchauffe. Le lac renonce, le manteau se défait, laissant sur les routes un résidu de glace sur laquelle on se casse trois ou quatre jambes par jour et qui mène les voitures au fossé. Pour nous, le seul hiver digne de ce nom, c’était un lac gelé sur lequel on pouvait patiner et des routes couvertes de neige où les souliers – ou les pneumatiques – s’enfonçaient un peu pour ne pas glisser. Avec ce silence particulier et ces entraves bienheureuses à la mobilité.

Dans mon coin de pays, on se targue volontiers de quelque record de température: il y a moins d’une semaine, au bout du lac, on se réveillait à moins vingt-deux degrés. Il y quelques années, c’était encore moins trente-cinq me disent les anciens. Et l’on aime cela. Et l’on s’en réjouit. Cela fait un sujet de conversation. Mais lorsque la canicule s’installe – mettons zéro degrés – les stalactites qui pendaient sous les cheneaux gelées (allez savoir pourquoi on féminise chez nous les mâles chéneaux) menacent de se décrocher, vous obligeant à marcher un oeil tourné vers le sol, pour ne pas glisser sur la glace fondante et l’autre vers le ciel, pour n’avoir pas le crâne fendu par celle qui tombe des toits.

Rien d’autre dans la vie du monde: on voudrait tant qu’en hiver il se figeât, s’offrît une pause de glace, cessât de s’agiter, bref, qu’il reprît son souffle. Au lieu de quoi il risque à chaque instant que le ciel lui tombe sur la tête: Macron fait  le macronyque, cet insecte qui résiste au courant en s’accrochant aux pierres par les ongles. Mutti fait ses valises… il semble que la veuille remplacer une certaine Dame  Kramp-Karrenbauer… un nom de brise-glace. Di Maio - dont le patronyme évoque plutôt le printemps – soutient les gilets jaunes. Il y voit les vents du changement… qui enrhument les relations entre la France et l’Italie. Et outre-Manche, c’est encore une femme de mai qui porte le fardeau de l’hiver. 

Si j’étais un décideur bruxellois, j’imposerais chaque année, mettons de décembre à fin mars, des frimas de moins 22 degrés, sans réchauffement possible, sans exception, pour que tout s’arrête… et qu’on puisse réfléchir un peu au coin du feu.