13. févr., 2019

Quand Google veut tuer la mort

On aime bien les statistiques et ces statistiques se font « sondages » lorsqu’elles mesurent les intentions de votes. En Suisse, où l’on a toujours sur son bureau les documents du prochain scrutin, les sondeurs ne risquent pas le chômage. Et lorsque, épuisés, ils prennent quelques jours de vacances, il ne nous reste que l’angoisse. « Semaine épouvantable, écrivait André Frossard, pas un seul sondage d’opinion. Tant pis, nous essaierons de deviner tout seuls nos propres intentions. »

Un sondage publié en ce mois de février sollicite notre réflexion: il paraît que septante pour-cent des Suisses souhaitent mourir à la maison. A vue de nez j’aurais dit septante-deux mais je m’incline devant la science. J’en déduis, après de savants calculs dont je vous épargne les arcanes, que trente pour cent d’entre nous sont d’un avis contraire. Cette minorité réfractaire au trépas domiciliaire se répartit entre ceux qui préfèrent l’hôpital, sans doute pour ne pas peser sur leurs proches et ceux qui envisagent ne jamais mourir, depuis qu’ils ont vu le reportage de Temps Présent intitulé A la recherche de l’homme immortel. On y apprend entre autres choses que le marché de la médecine anti-âge est plus que florissant et que l’on pourrait en finir avec les maladies liées au vieillissement. On peut même envisager des médicaments qui nous rendraient immortels, espérance réaliste puisque c’est Google le dit et, ne se contentant pas de le dire, investit des milliards à éterniser nos carcasses. Et de convoquer des colloques de vie éternelle où l’on acclame des docteurs Folamour qui oeuvrent à sauvegarder les cerveaux sur des serveurs, d’où on les pourra télécharger à volonté. Il se murmure qu’un téléchargement journalier ferait l’affaire, sauf pour les surdoués qui devraient y consacrer deux jours, même avec la 5G.

Pour mémoire, je rappelle que le Dr Folamour est un personnage du film éponyme de Stanley Kubrick. Folamour propose de sauver l’espèce humaine de l’holocauste nucléaire en en stockant les meilleurs représentants sous la terre. Cet holocauste a été provoqué par le sacrifice du commandant Kong qui n’a pas hésité à chevaucher la bombe destructrice en criant: « Yahoo! ».

Ce qui prouve que Google ne cherche ici qu’à prendre sa revanche.

On se réjouit déjà de ces glorieuses perspectives d’avenir qui, soit dit en passant, régleront enfin le dilemme tranché dimanche dernier par la population suisse: plus de problème de « mitage du territoire ». En récupérant les surfaces jusqu’alors dévolues aux cimetières, on disposera de vastes terrains disponibles pour la construction, sans empiéter sur les terrains agricoles.

Il paraît que les entreprises de pompes funèbres s’apprêtent à lancer un référendum.