4. mars, 2019

On grelotte dans l'Eglise

Ce dernier mois de février fut celui du gel du Lac de Joux. Oh, pas grand chose… seuls quelques jours arboraient le drapeau vert autorisant le piéton à déambuler sur la surface figée. On est plus dans les années soixante où l’on s’y pouvait aventurer en voiture en un joyeux ballet de glissades, avec les enfants sur des luges arrimées au pare-choc. Ah! Les glaces d’antan!

Le réchauffement climatique paraît épargner l’Eglise catholique qui grelotte dans les glaces et se livre à des glissades bien scabreuses. Elle a vocation à nous mener vers les cimes et la voilà ébranlée  en-dessous de la ceinture. Pédophilie, esclavage sexuel des (trop) bonnes soeurs, amalgame mystico-sexo justifiant les pratiques les plus perverses, il semble bien que les Cathos aient mal à leurs hormones. Vieille affaire pourtant.

On savait tout cela pour quelques internats catholiques. Cela fait vingt ans au moins qu’on en parle. On savait les grilles des confessionnaux assez larges pour laisser passer des mains baladeuses. Et c’est pour cela qu’on a supprimé les confessionnaux, lorsqu’on voulait faire passer davantage que des mains en rut. On savait tout cela et l’on s’en scandalisait, se consolant que ces crimes se déroulassent ailleurs, bien loin de nos propres clochers. Et l’on tombe des nues en lisant dans la presse le nom de tel prêtre qu’on a connu, dont on a lu les livres édifiants ou que l’on a côtoyé sans se douter de rien. Et d’apprendre récemment que des mégères supérieures d’ordres religieux prostituent à des prêtres leurs novices contre espèces sonnantes et trébuchantes… les faisant avorter lorsque que les malheureuses, qui se voyaient en saintes, se retrouvent enceintes.

Et les autorités de l’Eglise? Tous les trois ou quatre ans, on déclare avoir… enfin… pris la mesure du « problème », on récite des messes de réparation, on dit qu’on va sévir… On pond des papiers de corbeau qui, « honteux et confus, jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus. » Le pape, tout récemment, a reçu - dans la plus courageuse discrétion – deux victimes de prêtres ayant sévi à l’Université de Fribourg, pendant qu’ils fondaient des communautés nouvelles pour mourir ensuite en prétendue odeur de sainteté. Evoquant la pédophilie, François avait fustigé Satan, lequel, comme le bon Dieu, a souvent bon dos. Une manière d’externaliser les charges!

Sufficit! dirai-je en idiome vatican. Il est temps de rompre la glace et d’en revenir aux supplices délicieux de l’Evangile qui propose de lier les pieds des fauteurs de scandales d’une meule massive et de les précipiter… par exemple dans les eaux du Lac de Joux.

Bien sûr, les scandales sexuels ne sont pas l’apanage de l’Eglise. Ils sont partout… et en particulier dans les familles « comme il faut » puisque la majorité des abus sont commis par des proches. Mais lorsqu’on est un guide de sainteté, lorsqu’on appartient à une Eglise dont la doctrine exalte le respect et la pureté, on n’a - Dieu me pardonne – aucun droit au pardon.

Pouvoirs exorbitants du sacerdoce, séduction du sacré, silences délétères, compromissions mafieuses…sufficit! Au nom du respect des enfants et des femmes toujours victimes. Au nom aussi de tous les prêtres en véritable quête de sainteté et dont la fidélité dans les frimas de ce temps confine à l’héroïsme.