1. mai, 2019

De la complexité à se simplifier la vie

La technique – prononcez: technologie pour faire branché – n’a d’autre but que nous simplifier la vie, la rendre plus sûre, alléger nos efforts et nous faire gagner du temps. Voilà qui est important: gagner du temps afin d’en disposer en suffisance pour apprivoiser la machine qui nous le fait gagner.

On faisait chauffer les casseroles en actionnant un bouton cranté. Les cuisinières à induction accélèrent le processus. Il suffit d’actionner un senseur, commodément placé tout près de la surface à chauffer - mais qui ne chauffe plus puisqu’elle induit – . Et cela fonctionne, pour autant qu’on ait bien séché l’index qui actionnera le senseur, lequel aura préalablement été lui aussi dégraissé et séché, opérations sans lesquelles le système refusera tout service. Pour gagner du temps, on règle la puissance au maximum, si bien que l’huile ou l’eau se mettent à bouillir et arroser de leur bulles brûlantes l’index qui se risque à effleurer la commande. Retirer alors la casserole de son feu magnétique et essuyer les surfaces sensibles de manière à pouvoir couper le courant. Ne pas oublier de soigner les brûlures en passant la main sous l’eau froide pendant au moins cinq minutes puis frotter doucement la plaie avec de l’huile essentielle de millepertuis – sauf pour les femmes enceintes auxquelles on recommande la lavande –.

Cela démontre que l’ingénieur qui a conçu ce système ne s’est jamais risqué lui-même à cuire un oeuf et – plus généralement –, qu’il est très compliqué de se simplifier la vie.

Rien n’est plus simple aujourd’hui que de piloter une automobile: elle déverrouille ses portes automatiquement à votre approche – à condition bien-sûr que vous ayez configuré efficacement le système et donc assimilé les mille deux-cent nonante pages du mode d’emploi –. Les caméras enregistrent tout ce qui se passe autour du véhicule, pour autant que la température ambiante soit supérieure à zéro degrés, faute de quoi un message vous prie de procéder à un dégivrage des capteurs. Plus besoin de clé… sous certaines conditions bien-sûr. Inutile de s’inquiéter des limitations de vitesse, puisque celles-ci vous sont signifiées – et de façon exacte dans un cas sur deux – par l’ordinateur de bord, lequel se chargera en outre de vous signaler qu’une autre voiture est en train de vous dépasser – à moins qu’il ne s’agisse que de quelques gouttes d’eau perturbant le système –, que vous roulez trop à gauche ou trop à droite - à moins que la caméra ne confonde la ligne blanche du macadam avec les traces laissées sur la route détrempée par le véhicule qui vous précède –, que vous vous approchez d’un stop – l’alerte fonctionne même si le stop est placé au sortir d’un chemin adjacent –. J’allais oublier les réglages de climatisation à quatre zones, grâce auxquelles vous pouvez piloter à la température idéale de dix-neuf degrés et demi pendant que votre frileuse progéniture en exigera vingt. Enfin, prévenance suprême, l’ordinateur de bord vous informe qu’il vous faudra procéder à un service technique d’ici vingt mille kilomètres: on n’est jamais assez prévoyant, surtout si l’on envisage un tour du monde pour le prochain week-end.

L’avantage de tous ces gadgets est que l’on a plus à se soucier de la conduite, toute l’attention étant concentrée sur la surveillance des systèmes qui se chargent de la conduite.

On pourrait évoquer aussi la simplicité déconcertante des automates délivrant des billets de train ou d’autobus; la facilité d’utilisation des logiciels assurant le synchronisation des données sur les dix-sept écrans dont on a absolument besoin chaque jour; sans parler du plaisir – qui occupera les longues soirées d’hiver – à régler le brûleur du chauffage à mazout en naviguant d’un menu à l’autre de manière à ne pas avoir à subir chaque soir la même température. Où sont passées les bonnes vieilles chaudières d’antan? Un bouton, à droite: plus chaud; à gauche, moins chaud. Résultat exactement identique… les pannes en moins.

Le numérique devait simplifier nos vies… il le fait parfois. Mais c’est souvent au prix d’un tord-boyaux de méninges ou d’un lassant lacis d’énigmes insolubles.