17. août, 2019

Néo-bien, néo-mal

La lutte suisse est un sport bien de chez nous: deux colosses encalçonnés combattent se cramponnant à la culotte de l’autre jusqu’à ce que le plus fort soulève le gros quintal de son adversaire et le plaque dans la sciure. Yodel et cor des alpes en rajoutent au folklore.

Tradition pure et bon enfant… mais les moyens de communication s’engagent résolument dans la modernité: un clip vidéo met en scène un jeune homme gracile d’origine africaine, Charles Nguela, s’exerçant à combattre l’impressionnant Stefan Burkhalter contre lequel, évidemment, il ne peut rien. Et le petit Charles finit suspendu à un crochet en implorant du secours.

Il n’en faut pas plus pour que toutes les dames patronnesses des ligues antiracistes hurlent au scandale et militent pour que la publicité soit interdite.

Imaginons un autre scénario, tout aussi plausible. Charles s’est porté volontaire – ce qui est avéré – pour jouer dans ce sketch… où il semble d’ailleurs bien s’amuser. Mais le réalisateur le recale au prétexte qu’il est noir. Les mêmes ligues de moraline eussent alors crié à la discrimination raciale et réclamé des sanctions dans un même élan.

On a voulu, dans les années septante, se débarrasser de la morale judéo-chrétienne, jugée oppressante et liberticide. On se retrouve aujourd’hui avec une nouvelle morale – un néo-moralisme plutôt – fondée sur une susceptibilité exacerbée dès qu’il s’agit de racisme, d’Islam, de genre ou de toutes les phobies récusant le sourire.

Or, Charles Nguela est un acteur humoriste à succès, dont le fond de commerce repose sur une forme d’auto-dérision parfaitement assumée.

La morale judéo-chrétienne n’était pas drôle mais le moralisme qui l’a remplacé subira le même le sort s’il ne se décontracte pas un peu.