27. août, 2019

Du salut – éventuel – de la planète

Fin août. Les vacances s’achèvent et c’est l’heure de la rentrée: celle des enfants à l’école, des fonctionnaires à la fonction, des artisans à l’atelier et des pédalos au hangar. C’est aussi l’entrée en campagne des politiciens, avec leurs portraits fichés le long des routes. Même les idées, qu’on avait guère aperçues pendant les congés, font leur rentrée sans qu’on sache au juste d’où elles sortent.

Pas besoin de recourir au devin pour deviner que la mode du prochain automne sera aux idées vertes, ce qui est normal vu qu’il s’agit de campagnes. Et plus que de mode, on pourrait parler d’effet Greta, du nom de cette jeune personne qu’on dit autiste et qui annonce, un peu comme les témoins de Jéhovah, la fin d’un système de choses.

Le réchauffement climatique est le répulsif universel, la croix gammée, la chemise brune, la faucille et le marteau. Son premier effet visible est l’échauffement des esprits.  A l’école, au parlement comme dans les médias, on chante, la main sur le coeur, l’hymne patriotique des citoyens d’une terre à l’agonie: Aux larmes, citoyens, formez vos bataillons, à terre laissez vos avions, au garage vos polluants fardiers, répudiez la jambonette, écrasez la cigarette et sauvez la planète.

Sauver la planète! Ce n’est pas une mauvaise idée mais, pour le dire simplement, la planète se promène depuis quelques milliards d’années autour du soleil et poursuivra sa ronde jusqu’à l’épuisement du grand astre. Nul échauffement ne saurait faire ciller son orbe même si, à force de lui en faire voir de toutes les couleurs – verte exceptée – elle pourrait se montrer moins conciliante à l’égard de la vie.

S’il y a donc quelque chose à sauver, c’est moins la planète que la vie… encore que la vie, par définition, n’est pas sauvable puisque la mort est de toutes façons son horizon tragique et inéluctable. Vive donc le développement durable, même s’il n’est que provisoirement durable!

La mort, justement: il y a celle contre laquelle on ne peut rien…les dinosaures ont disparu, ce qui est assez rassurant lorsqu’on se promène seul avec son chien. On déplore aussi l’extinction de l’Archaeoindris fontoynonti, une sorte de gorille dont le nom faisait une alternative efficace aux cailloux de Démosthène. Mais il est vrai qu’en plus de ces pertes fatales et naturelles – et dont il n’est pas trop difficile de se consoler –, il y a les morts que nos comportements irresponsables pourraient susciter ou accélérer et contre lesquelles il faudrait sans délai se ranger en ordre de bataille.

Contrairement à ce qu’on nous serine partout, nos légèretés ne sont pas que de plastic et de pétrole. Il existe des moyens bien plus rapides et efficaces pour effacer la vie sur terre. Voyez, par exemple l’esprit dérangé de quelques dirigeants politiques à l’index crispé sur la gâchette du feu nucléaire. Ils sont atteints de ce virus du tueur que Devos décrivait comme un chromosome en plus dans une case en moins, même s’il est vrai qu’à y regarder de près, ceux qui possèdent le chromosome tueur en plus ont généralement la case écologique en moins.

On parle ça et là de réarmement, de volonté des grandes puissances d’en découdre, d’instabilité géostratégique mais cette menace défraie moins la chronique que les soucis environnementaux. Dans les conversations et les éditoriaux, on devise du temps qu’il fait et du temps qu’il fera pour oublier que bientôt peut-être, il ne fera plus de temps du tout. Et l’on s’imagine alors – comme le relève Etienne Bariller dans une chronique de l’Echo Magazine – que faire le temps serait à notre portée, ce dont Faust lui-même n’aurait pu rêver.

La prochaine grande guerre nous fera nous entretuer par milliers de degrés interposés, face auxquels les deux ou cinq degrés du réchauffement ne feront pas le poids. Un air saturé de radiations pourrait même éveiller en nous la nostalgie des particules fines. D’ailleurs, même pas besoin d’une guerre: il suffit d’un très pacifique incident technique pour provoquer, un peu plus lentement il est vrai, le même cataclysme. Regrettable que nulle Greta ne siège parmi le gratin des prophètes… sinon un Slobodan Despot, les couettes en moins, dont il faut lire l’excellent et glaçant roman Le Rayon Bleu.

On peut facilement en rajouter aux questions qui fâchent et que masque, comme si c’était fait exprès, la fixation obsessionnelle sur le problème de l’environnement: Quand nous serons devenus des robots, quand notre intelligence se glorifiera d’être artificielle, quand l’automatique aura supplanté le dynamique, quand nous serons surveillés, évalués, notés et punis par des algorithmes, quand les bébés se feront en laboratoire plutôt qu’en une étreinte, quand la technoligence aura remplacé l’intelligence, quand le divertissement planifié et obligatoire aura interdit la méditation, quand le mensonge sera érigé en vertu et les fake news en instruments de pouvoir, quand la liberté sera enseignée à nos enfants comme une erreur de l’histoire, quand quelques hommes étoufferont sous leur richesse pendant que d’autres mendieront leur nourriture, alors nous pourrons nous demander si le monde, si ce monde déglingué vaut encore qu’on le sauve!

Mais foin de pessimisme. Les hommes de 1914 ou de 1939 ne voyaient pas s’ouvrir devant eux des perspectives plus réjouissantes. Il leur a fallu passer à la moulinette et puis se relever, contre toute espérance.

Et si nous nous réveillons de nos torpeurs et acceptons d’en rabattre un peu sur nos sottises et nos coupables silences, il y a peut-être de quoi se dire qu’une fois encore, nous nous en sortirons. Mais  cette fois, ce sera in extremis!