Chroniques 2021

18. nov., 2021

Au pied du Salève, au bout du lac, on repère la République Gauloise de Suisse, plus communément nommée Genève. On y parle un français chantant, un peu plus leste que le vaudois, plus traînard tout de même que le savoyard. Les Genevois partagent davantage de frontières avec les Français qu’avec les Confédérés. D’où peut-être leur besoin de se singulariser aux yeux de ces derniers par de fréquentes saillies politiques qu’ils prennent très au sérieux... et qui font sourire le reste du pays, où l’on aime à évoquer la Genferei.

Parce que, curieusement, il y a une manière alémanique de dire Genève: Genf, ce qui, à bien y réfléchir, n’est guère plus bizarre que de traduire Morat par Murten, Anet par Ins, Chevrilles par Giffers, Guin par Düdingen, Ormey par Ulmiz, Tinterin par Tentlingen, Berthoud par Burgdorf, Cerlier par Erlach, Champion par Gampelen, Gléresse par Ligerz, Gessenais par Saanen ou Villars-les-Moines par Münchenwiler.

Comment alors traduire notre Genferei? Disons: genevoiserie, mais reconnaissons que le néologisme allemand chante une musique plus rauque, la traduction évoquant plutôt la pâtisserie. Il faut dire que la manie des Genevois de se répandre en d’étranges polémiques est à la fois agaçante et amusante, amère et sucrée.

On se souvient de l’affaire Maudet et d’autres du même acabit. Aujourd’hui – dernière Genferei en date – on veut interdire de parole l’éventuel futur candidat à l’élection présidentielle française.

Eric Zemmour dialoguant avec maître Bonnant... voilà une affiche qui promettait un beau moment d’intelligence et de culture, qu’on apprécie ou non le projet politique de Zemmour, que l’on vibre ou non à l’éloquence du brillant bâtonnier.

Le plus amusant serait que Zemmour déclarât sa candidature et devînt Roi de France. Et qu’à ce titre, il se rendît en Suisse en visite officielle... et même à Genève. On se pourlèche déjà les babines à imaginer les discours entortillés dont il faudra accoucher pour souhaiter la bienvenue à celui que l’on déclarait malvenu en cette fin d’année 2021.

Au fond, nous vivons un temps où règne la liberté d’inexpression, qu’analyse Anne-Sophie Chazaud. (L'Artilleur, 2019). Il y a une censure qui provient à la fois du pouvoir et de la société elle-même. En apparence, chacun est libre de dire ce qu’il veut, à condition qu’il ne dise rien. Dès lors qu’un discours est un peu typé ou qu’il déroge au consensus, il faut déclencher d’urgence une vaste campagne de vaccination universelle.

Ici, le virus est celui qui menace l’Empire du politiquement correct, dont Matthieu Bock-Côté a minutieusement analysé le génome dans son ouvrage  L’empire du politiquement correct (Cerf, 2019).

Il y a une démonologie propre au politiquement correct... Pour en finir avec certains politiques ou intellectuels du domaine public, et les marquer à jamais du sceau de l’infréquentabilité, on les associera à l’odeur du diable, en les décrétant sulfureux, ou encore, on les dira nauséabonds – et naturellement, la première chose à faire devant un individu aux odeurs pestilentielles, c’est de s’en tenir éloigné. On se contentera de le renifler, à la manière d’un gueux qui vient empester l’espace public alors qu’il ne devrait pas s’y trouver. C’est le registre des arguments olfactifs.

On a parfaitement le droit de ne pas pouvoir sentir Eric Zemmour. Pour d’autres – les mêmes en général – c’est à l’écoute de Maître Bonnant que les narines se mettront à flancher. A ne pas vouloir écouter celui qu’on ne peut sentir, on brandit une censure dont la virulence croît avec la peur d’une confrontation des idées.

Car il ne s’agit de rien d’autre qu’une nouvelle forme de censure, en tout point comparable à celle qui étouffe les débats sanitaires ou la confrontation des points de vue en matière des mille phobies que l’on dénonce de manière compulsive et pleurnicharde.

Qui n’ose plus se confronter à la pensée autre – ou alors refuse de reconnaître l’autre comme porteur d’une pensée – masque la pusillanimité et la sottise. Zemmour est un esprit sagace et fort cultivé, même si son discours n’est pas sans trahir quelques obsessions parfois agaçantes et que l’on peine à voir comment traduire sa réflexion en une politique concrète.

Reste qu’il pose – et il est peut-être le seul en France – les questions qui inquiètent ses compatriotes et dont le politiquement correct interdirait qu’on les posât. Voilà qui rappelle la pratique de l’autodafé, cet art de détruire les livres que Michel Onfray décrit dans une récente étude (Autodafés, L’art de détruire les livres, Les presses de la cité, 2021).

Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté, chantait Guy Béard, lequel fut musicalement exécuté à l’époque de Mitterand pour ne s’être pas contenté de chanter sur la mélodie des sirènes du consensus. Gainsbourg et surtout Ferré chantaient mieux l’air du temps.

Zemmour ne dit peut-être pas la vérité, ou toute la vérité: mais peut-être dit-il, ad minima, quelque chose de vrai. Cela suffit aux gaucho-fascistes pour le déclarer... fasciste et, pendant qu’ils y sont, antisémite et nazi.

Alors qu’on la croyait pour de bon terrassée, la tentation de la censure remonte à surface. Hommes et femmes ont de plus en plus l’impression de porter un corset mental qui étouffe la pensée. La démocratie libérale semble devenue étrangère à elle-même et des groupuscules idéologiques radicalisés parviennent à s’emparer de l’esprit public ou du moins, à le soumettre à ses obsessions. C’est ce qu’on appelle le politiquement correct. C’est la nouvelle cabale des dévots. Qui se permet de les braver risque d’en payer le prix. (M.Bock-Côté)

Rien de plus fasciste que de brandir à tout propos la menace du fascisme; rien de plus complotiste que de revêtir l’adversaire de la casaque du complotisme. Pareil pour le populisme... Il suffit à la pensée d’être une pensée – ou à une question de questionner – pour être citée à comparaître au tribunal, lequel n’est plus un tribunal puisqu’il condamne par avance. Le plus inquiétant de l’affaire est que cela ne paraît pas inquiéter grand monde.

Alors? Une Genferei de plus? Le mal est hélas plus vaste, plus profond. Déjà une pandémie!

30. oct., 2021

Louis Jouvet et Fabrice Luchini ont campé, chacun à son époque, l’étonnante figure du Dr.Knock, imaginé par Jules Romains en 1928 (Knock ou la triomphe de la médecine, Jules Romains.)

On se souvient peut-être de ce personnage intriguant qui, reprenant le cabinet du Dr Parpalaid – dont la patientèle est plus que clairsemée – parvient à mettre toute la commune de St-Maurice au lit. Ah, le bonheur de voir ces centaines de lumières s’allumant la nuit, à l’heure prescrite par Knock pour enfiler un thermomètre! Les gens étaient bien portants, qu’à cela ne tienne. Il suffit de les convaincre de quelque maladie, et voici que tous, terrorisés, se livrent corps et âme – et bourse aussi – au bon Dr. Knock.

Lorsque Parpalaid rend visite à son successeur, celui-ci lui présente la Carte de la pénétration médicale du Canton... son tableau de chasse en quelque sorte.

– Et si je possédais votre méthode, si je l’avais bien en main, comme vous, s’il ne me restait qu’à la pratiquer, est-ce que je n’en n’éprouverais pas un scrupule? demande Parpalaid.

– Mais c’est à vous de répondre!

– Mais dans votre méthode, l’intérêt du malade n’est-il pas un peu subordonné à celui du médecin?

– Docteur Parpalaid, vous oubliez qu’il y a un intérêt supérieur à ces deux là!

– Lequel?

– Celui de la médecine! C’est le seul dont je me préoccupe. Vous me donnez un Canton peuplé de quelques milliers d’individus neutres, indéterminés... mon rôle c’est de les déterminer, de les amener à l’existence médicale...

 

En 1949, Romains, résume la doctrine secrète de Knock (Docteur KNOCK, Fragments de La Doctrine Secrète, recueillis par Jules Romains). Empêché par ses passionnantes activités en Amérique, ce dernier délègue à l’auteur le soin de présenter ses recherches à un parterre d’éminentes personnalités.

Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore, disait Knock dans la pièce de théâtre. Dans les Fragments, la pensée se précise: c’est au médecin de choisir pour chaque patient la maladie qu’il aura les moyens de soigner. Tout équilibre vital implique une maladie, au moins.

Cette maladie n’est pas destinée à guérir. Cela créerait des complications. On compterait par dizaines de millions, à chaque époque, les gens qui sont morts pour avoir été imprudemment guéris d’une maladie qui était juste celle qu’il leur fallait... Il faut choisir la maladie qui conviendra à un homme, qui si possible l’accompagnera fidèlement jusqu’à sa mort.

Voilà qui est tellement évident que cela ne saurait faire l’objet de la conférence que l’auteur doit faire au nom du Dr Knock. Il lui faut choisir entre deux autres projets essentiels: l’Iatrocratie et la question de deux nouveaux médicaments: l’Anathanatol et l’Antithan. Le premier est, comme son nom l’indique, un produit qui remonte la pente de la mort. Quant à l’Antithan, c’est l’antimort radical.

Knock demande à Romains de ne pas traiter ce dernier sujet. Question pas mûre, lui écrit-il de New-York par télégramme. Et si l’on devait l’interroger à ce sujet, faites valoir que disparition inconvénient aussi ancien que mortalité n’en est pas à quelques années près.

La cause est entendue, on traitera de Iatrocratie (iatros= médecin). Dans un récent entretien, Knock avait confié ses réflexions à l’auteur:

Nous avons un type de pourvoir qui remplit toutes les conditions. Celui de la médecine. Il est d’amplitude universelle. Pas un homme, de par sa nature d’homme, n’y échappe. Il est aussi pénétrant que n’importe lequel... il dispose comme aucun autre des armes que sont l’angoisse, la terreur, l’idée fixe, l’espérance, la joie du salut...

Et voici le programme: gouvernement par les médecins dans le cadre de la cité, de la nation et du monde. Mise réglementaire de toute l’humanité dans la position d’obédience et de passions médicales; si vous préférez, dans la position patiente. Législation universelle ramenée à un système d’ordonnances, au sens rigoureusement professionnel du mot.

Dans tous les pays, les Parlements seront remplacés par un Conseil suprême de la médecine, avec des pouvoirs dictatoriaux. Ce Conseil s’appuiera sur un Grand Etat-Major où seront représentées les trois Armes: la Médecine, la Chirurgie et la Pharmacie. Et, bien-sûr, il faudra remplacer l’impuissante ONU par une OMU, Organisation Médicale Universelle.

Comment prendrez-vous le pouvoir? demande l’auteur.

  En premier lieu: noyautage savant de toute cette société prémédicale où nous croupissons encore. C’est déjà commencé, vous le pensez bien. Ce qui nous reste à mettre au point de plus grave, c’est le mécanisme de déclenchement.

De déclenchement?

– Oui. Ce qui provoquera, au moment voulu, la situation révolutionnaire.

Vous l’entrevoyez déjà?

Je fais mieux que l’entrevoir

– Vous pouvez m’en dire un mot?

Heu...pourquoi pas? Nous appelons cela entre initiés l’Epidémie 235

– Pourquoi 235?

Une analogie plaisante, une métaphore. Ce qu’il s’agit d’obtenir, c’est une épidémie à marche ultra-rapide, à extension universelle, ignorant les immunités, foncièrement bénigne, mais affolante par son tableau de symptômes.

La tâche est plus aisée qu’il n'y paraît. C’est que le pouvoir possède quelque dimension mystique, pour deux raisons: par la dose d’inexplicable qui y subsiste toujours, et ensuite qu’il ne cesse de mettre en branle, de mobiliser, les mystères essentiels de la vie. De plus, (le pouvoir) a une très grande facilité à s’organiser en rites. Or toute discipline vit de rites. Toute domination n’entre dans l’âme humaine, dans la substance du corps individuel et du corps social que si elle s’incarne dans des rites...Ce pouvoir incomparable par son universalité et son efficacité...est aussi le plus doux qui soit à supporter, à servir. Tous les objets et décors que son nom évoque ont leur suavité, leur charme, parfois mélancolique, ou leur attrait, fût-il pervers: le lit douillet, la cuillerée de potion, même l’aiguille hypodermique...

Iatrocratie. Déclenchement d’une épidémie à marche ultra-rapide et aux symptômes affolants; noyautage de la société; législation ramenée à un système d’ordonnances; mise de toute l’humanité en position patiente; charme et suavité de l’aiguille hypodermique; ces armes que sont l’angoisse, la terreur, l’idée fixe... mais qu’allez-vous donc imaginer-là, ami lecteur? Que je projèterais quelque parallèle pervers? Seriez-vous complotistes devenus?

Rien de cela. Car ce n’est, finalement, que... littérature.

4. oct., 2021

Cinquante francs! Dix tunes! Mille sous! Voilà ce que coûtera désormais au contribuable suisse l’exploit du quidam qui en convertirait un autre au vaccin. Le dit quidam doit être, selon le communiqué fédéral, un proche. On attend avec impatience l’ordonnance qui fixera – en centimètres – les limites de cette proximité.

Le dit proche, précise-t-on, peut être vacciné ou non. Ce qui signifie qu’il n’a pas à présenter son pass sanitaire pour prêcher la bonne parole. Autrement dit, un antivax furieux pourrait tenter de convaincre un antivax beaucoup moins furieux ou même un provax négligeant…dans le seul espoir de gagner le précieux billet vert. Deux partenaires en manque de liquidités pourraient passer leur week-end à tenter de se persuader l’un l’autre de se faire injecter le précieux liquide… et récolter ainsi une double prime.

Voilà qui rappelle une situation pas si ancienne où les autorités scolaires offraient une récompense aux maîtres qui favoriseraient le recrutement d’un collègue. C’était, je crois, à Zurich.

Rien de nouveau dans cet encouragement pécuniaire à mettre la main au collet de qui se dérobe. Les Westerns usent et abusent de la méthode: Wanted, dead or alive, YZ! Cash Reward $XXX.

Mort ou vif, peu importe. L’intéressant est dans la somme promise. Pour Medor, on se contente de la mention « récompense ». Pour un bon parrain de la mafia, on allèche le candidat avec des chiffres à cinq ou six zéros. Entre les deux, le vaccinosceptique… qui vaut cinquante francs.

Il faudrait, je crois, pratiquer le procédé de manière beaucoup plus large.

Voyez par exemple le Royaume de sa gracieuse Majesté: plus de carburant dans les garages. C’est qu’on cherche désespérément des chauffeurs pour le transporter Du coup, on n’arrive plus à livrer des marchandises… que par ailleurs on arrive plus à produire, faute de travailleurs.

Pourquoi ne pas promettre des récompenses à qui recruterait chauffeurs et travailleurs? Voilà qui créerait du lien social. Le chauffeur ou le travailleur qui ne travaillerait pas occuperait ses journées à trouver l’improbable candidat qui lui vaudrait de toucher la rançon. Et ses soirées – mais ce n’est là que pure spéculation – à remplir les formulaires prouvant qu’il est bien le citoyen modèle à l’origine de l’embauche.

Il se murmure que ce n’est pas seulement en Angleterre que tout prend du retard. La faute au Covid, aux usines fermées, aux ports chinois confinés. Panne de puces pour nos machines et nos voitures. Délais effarants pour les pièces de rechange. C’est bientôt Noël: on ne sait trop quoi mettre au pied du sapin. D’ailleurs, on ne sait trop s’il y aura des sapins.

Bonne nouvelle pourtant: pas de pénurie de vaccins, du moins dans les pays qui ont les moyens de les payer. On ne manque pas davantage de personnel pour les injecter: pour cet office, on rémunère en France les infirmières à hauteur de 500 euros par jour, leur permettant ainsi de gagner en une semaine davantage qu’en un mois à l’hôpital, où il y a pénurie d’infirmières.

En Suisse, on le sait depuis longtemps, les caisses maladies souffrent d’une obésité chronique de leurs réserves. Pourquoi ne pas y puiser de quoi récompenser quiconque recruterait des médecins et du personnel infirmer, évitant ainsi qu’en pleine crise sanitaire, on doive commettre ce délit d’hôpital qu’est la suppression de lits d'urgence?

Bref, il faudrait généraliser la méthode: occuper les gens à se convaincre les uns les autres à embrasser des carrières dont ne veulent ni les uns ni les autres. Et puisque, de toute évidence, cela ne fonctionnera pas, on réalisera de grosses économies au poste comptable des rançons qu’on n’aura pas à verser.

Pour en revenir aux dix tunes à Berset, reconnaissons qu’il n’y a aucune crainte à avoir. Pas sûr en effet qu’à vouloir capturer le sceptique en mettant sa tête à (petit) prix, on suscite beaucoup de vocations de shérif!

On pourrait même – mais là je fais du mauvais esprit – éveiller quelques doutes dans la population, qui va bien finir par se demander pourquoi il faut pratiquer des méthodes de Western pour convaincre le citoyen de céder à une mesure dont le bénéfice est réputé évident.

9. sept., 2021

On se souhaitait quelques jours de silence. On ne voulait plus bavarder... et surtout pas du Covid. Mais voilà que le gouvernement suisse s’y met lui aussi, cloche résonant syntone avec les beffrois de l’étranger.

Seuls quelques naïfs, peu chatouilleux lorsqu’on leur gratte le neurone, se réveillent ce matin surpris par la pandémie obsidionale à laquelle on finit, de guerre lasse, par s’habituer.

On peut raconter ce que l’on veut sur l’efficacité, l’inutilité ou la nocivité de la piqûre. Considérer que taquiner l’ARN est une thérapie d’avenir ou le début d’une ère de bricolage génique. Comparer le Covid à une peste noire ou à une grippette d’arrière- boutique. Le masque à un scaphandre salvateur ou à un bâillon controuvé. La seule certitude: on se vaccinera désormais « pour la liberté »... et non plus pour des motifs médicaux. On ne cède plus au conseil du médecin, on plie devant une politique. Qui a ses raisons... ou ses déraisons. Qui veut nous protéger...ou cède à la panique.

Ce qui agace, c’est la confusion des genres. Et l’irruption de la police dans notre physiologie. Rousseau voulait forcer les hommes à être libres. Nous voici contraints à une santé de râcle-denier des politiques hospitalières. Avec l’obligation, pour l’instant, d’être covidement conforme pour jouir d’une fondue et bientôt mince, non-fumeur, sportif, latexophile en amour et électronique en voiture pour avoir simplement le droit de vivre en société.

Je ne suis pas – encore – vacciné. Je le serai peut-être dans quelques semaines si des raisons de santé l’exigent. Mais alors, dussé-je me faire larder d’aiguilles deux, trois ou dix-sept fois, je conserverai mon impasse sanitaire au fond d’un tiroir à chenit... et gare à qui s’avisera de m’en réclamer l’exhibition.

10. août, 2021

Quand je frappe à la porte de mon esprit, il me renvoie un son de cloche avec son écho. En fait de raison, il ne me reste que résonances. C’est ne rien savoir que de trop savoir lorsque savoir n’est qu’un brouhaha de faits fous, d’informations foutraques et de fables frénétiques.

C’est qu’on dit tout à propos de tout et même le contraire. Tout à propos de la santé; tout à propos du climat. Et de tout le reste, vous dis-je! Plus question de vérité, qu’on disait jadis une adéquation de la pensée et de la réalité. Ou encore une conformité du langage au monde. Il faut bien s’y faire: on n’adéquate plus grand chose et on se fiche pas mal de conformité. Seul compte le discours et l’on ne peut choisir qu’entre mille mensonges, mômiers d’une nouvelle religion fondée sur la peur.

La peur: voilà le seul réel auquel notre esprit est invité à se conformer. A vous de choisir: peur du virus ou peur du vaccin? Peur de la mort ou peur des entraves à la liberté? Peur d’un laxisme d’Etat ou peur d’une dictature? Faites vos jeux! Rien ne va plus! Trembler est tendance. Cela reste vrai dans mille autres domaines. Il n’est qu’écouter attentivement les interviews à la radio. Difficile que le journaliste n’évite de poser une fois au moins la question: mais n’avez-vous pas peur que...? J’ai apprécié, l’autre jour, la réponse d’un politicien: Non Madame, la peur n’est pas ce qui m’anime!

Rien de neuf dans l’habitude des médias de se pourlécher les babines lorsqu’une actualité noire permet d’appâter le chaland. La pratique s’est étendue aux politiques et aux savants, qui aiment à contrefaire les prophètes de malheur. La peur, c’est bon pour la santé... de l’audimat et des pouvoirs.

Partout, on nous menace de l’enfer. On nous le promet plutôt tant on paraît jouir des malheurs à venir. Et du pouvoir que la terreur permet d’exercer sur ceux qu’on fait trembler.

L’enfer, on n’a rien inventé de mieux pour forcer l’obéissance, pour rythmer notre marche au pas de la Loi (Muray). On concèdera à l’enfer chrétien d’avoir sur tous les autres l’avantage de son envers radical: le paradis. Et bien des théologiens, des Pères jusqu’à Teilhard, enseignent que si l’enfer est de foi, on est fondé à croire que nul homme n’aura à y séjourner... à moins que nous nous y soyons déjà retranchés!

Mais voilà que les enfers qu’on agite devant nos yeux sont sans salut. La vie humaine sur la planète est fichue, ou presque, clame le GIEC et on ne sait plus trop si la race humaine s’éteindra sous les assauts du climat ou les ravages d’un virus.

Il y a certes urgence climatique. Il y a certes urgence sanitaire. Et urgence de préserver nos libertés. Et urgence à mettre sous couveuse notre petit lopin d’existence privée, pliable et portative, encore que d’aucuns – et j’en suis – s’énervent de cette passion vive pour la mort. Et soupçonnent qu’on y aille si fort qu’on se mette à inventer des remèdes pires que le mal.

Pas sûr que trembler soit d’une quelconque utilité. Peut-être que l’angoisse universelle est, en réalité, le seul ennemi vraiment redoutable. J’exerce mon esprit à la seule peur qui vaille: la peur que la peur l’emporte!

Et elle risque bien de l’emporter car la corruption du langage est, de toutes les corruptions, la plus grave. Quand le verbe vole d’émotion en émotion, quand la parole ne sait qu’accuser, quand au dialogue on substitue le pugilat – j’ai maintes fois employé le néologisme de gladialogue – quand on ne s’exprime que pour désigner l’infâme, l’infâme vaccineur, l’infâme objecteur de vaccin, l’infâme GIEC ou l’infâme climatosceptique, le complotiste, le populiste... alors oui, ce ne sont que sons de cloches mal accordées, des bruits incapables de faire une musique. Et c’est très précisément cela qui... cloche!

Eric Werner, dans sa chronique « Antipresse », parle d’enfumages. Fumées d’enfer sans doute et l’enfer est dans nos têtes: les cloches qui y résonnent sont des tocsins... et l’on n’ose pas trop aller y voir de plus près, par peur d’étouffer. Alors on ne pense plus, on sabre!

Si l’on est honnête – mais on ne l’est pas – on reconnaît qu’on ne sait quoi penser. La parole politique, l’écrit ou l’image médiatique, le déferlement des réseaux, tout cela sent diablement le mensonge. Les mots mièvres se mélangent aux menaçants. Les termes d’interdits aux injonctions de la liberté. Les rugissements rebelles aux sentences des soumis. Au point qu’on les confond. Au point que les discours divers en deviennent indistincts.

Un mensonge identifiable n’est pas si grave. On peut alors argumenter, débattre, dénoncer! Mais lorsque mentent aussi ceux qui dénoncent le mensonge... et qui, pas davantage que les menteurs, n’ont conscience de mentir alors, oui, on a institué ou sorte de grand magma verbal, le grand n’importe quoi logorrhéique. Ennuyeux que dans cet air pollué, les uns tiennent contre les autres le couteau par le manche du pouvoir. Et l’on voit bien de quel côté est la force...pour l’instant!

Chacun de nous veut poser son diagnostic. Chacun se glisse dans la peau d’un Docteur Diafoirus et la pièce qui se joue pourrait s’intituler: les malades imaginables! Tous des malades et des fous: les Pharmas, les anti-vax, et fous encore les pouvoirs et fous aussi ceux qui dans les rues braillent contre la folie. Et plus fous que fous ceux qui voient la folie partout... ou ne la voient nulle part.

Le son des cloches nous sonne. On marche sur la tête... mais on n’a plus de tête. C’est dire qu’on déambule à ... cloche-pied pour se rendre à Clochemerle. Oui! Je sais c’est facile...trop facile! Preuve d’une fatigue.

Alors, on demande une pause. Simplement, quelques jours de silence!