13. févr., 2021

En attendant le 7 mars

Grande journée de votations fédérales et d’élections locales le 7 mars prochain. Il va falloir éplucher la liste des candidats qu’on ne connaît pas puisqu’on vit, par vocation et par Covid, en ours solitaire. Qui donc débusquer qui émergerait de la grisaille ordinaire et n’aurait pas le fait même aucune chance d’être élu? Qui déroge dérange!

On vient de recevoir le matériel de vote: au chapitre des aspirants à la Municipalité, une seule liste. Et puisqu’en ces temps fanatiquement statistiques on aime les chiffres, elle porte le titre de Liste 1. On en cherche une deuxième. Il n’y en a pas. C’est normal puisque le parti unique des concurrents en lice s’appelle Entente. Ah! Le paisible pays! En cette période d’angoisse collective, on eût rêvé d’une Liste 2 qui se fût nommée Détente!

Trois objets fédéraux sont également soumis au peuple. Laissons pour l’instant le troisième. On y reviendra peut-être.

Premier dilemme: voulons-nous inscrire dans notre Constitution fédérale l’interdiction de se dissimuler le visage?

Le second: acceptons-nous la Loi fédérale sur les services d’identification électronique?

Ces deux questions ne sont pas tout-à-fait sans rapport, puisqu’il s’agit de savoir comment nous faire connaître de nos semblables. On se manifeste par un visage, l’éclat d’un regard, la douceur d’un sourire et quelque pli au front trahissant une pensée... ou alors par un fichier numérique à la sauce Blockchain, protégé par un cryptage réputé inviolable. Poème ou électron? Il faudra bien choisir.

En plus, ce sera très amusant: si l’on en croit les sondages, nous accepterons l’interdiction de dissimuler nos visages. Et c’est visages masqués que nous glisserons l’enveloppe dans l’urne et déciderons de l’interdiction des masques. On commencera donc par les exceptions de l’article constitutionnel, qui prévoit des dérogations pour des raisons de santé ou de sécurité. On avait anticipé que des petits malins, le lendemain du vote, se pourraient prévaloir de la nouvelle disposition pour jouer à bas les masques!

Nous allons donc interdire aux femmes de se voiler de pied en cap...mais pas au quidam de se bâillonner de barbe en nez.

Bref, on veut voir les visages... mais les cacher dès lors qu’ils pourraient s’avérer contagieux. Et c’est là qu’intervient l’e-ID.

Encore un acronyme: l’idée, c’est l’ID électronique. On parle d’identité numérique, ce qui ne signifie rigoureusement rien. Reste que c’est ainsi qu’on prouve être ce qu’on est. L’être, c’est le chiffre. La méthode a fait ses preuves dans l’univers carcéral. Et puis, comme le dit la brochure officielle, il est bien fastidieux de prouver son identité par exemple en se présentant en personne. Fastidieux, mais aussi – mais on n’ose pas le dire – contagieux... En ligne, ce sera bien plus pratique et propre. Nous voilà déjà en marche vers la grande réinitialisation, le Great Reset à la Klaus Schwab: (Cf Chronique du 2 février).

Dès lors tout se brouille: que peut bien signifier l’interdiction de masquer le visage lorsque de toutes façons, que nous le voulions ou non, nous ne pouvons nous faire reconnaître qu’en exhibant quelque algorithme? Car il ne s’agit pas de savoir si nous consentons ou non à adhérer à l’e-ID – tout le monde est d’accord, paraît-il –... mais de décider à qui le chiffrage de notre identité sera confié.

Car masqués, nous le demeurerons sans doute pour longtemps... et chiffrés aussi.

Jusqu’au jour béni où tous nos hochets électroniques, fricotant avec quelque pangolin robotisé, seront infectés d’un e-virus qui mettra le bazar dans les fonctions vitales de nos machines.

On s’en pourlèche déjà les babines!

(Une version de cet article est parue dans la Feuille d’Avis de la Vallée de Joux le 18 février 2021)