27. févr., 2021

Màni, le prophète météorologue

Son nom: Màni, qu’il faut prononcer « ma-ou-ni ». En islandais, cela veut dire la lune. Son âge? Vingt-quatre ans. Plutôt brun. Son caractère? Un peu lunatique, comme son nom l’indique, mais au fond très gentil. Il se rengorge devant les dames, au point d’en faire parfois un peu trop. Ah oui! Il est très, très jaloux. Courageux aussi, ne rechignant jamais au travail, surtout pour jouir de focaliser toute l’attention sur lui.

Et comme toute lune qui se respecte, il a une face cachée, un charisme déroutant: il est incollable en matière de prévisions météorologiques... à six semaines. Tenez, par exemple, à la mi-novembre 2020, il a cessé de se raser la barbe, laquelle s’est mise à croître, longue et drue. Cela lui confère un petit air de Philippulus le prophète, calvitie en moins. Nous savions dès lors que, fin décembre, il y aurait abondance de neige. Cela n’a pas manqué: 70 cm à Noël!

Et puis, quelques temps plus tard, chute de cheveux... par touffes entières. C’est qu’il fallait bien annoncer l’arrivée précoce du printemps. Fin février, nous buvions notre café sur la terrasse, sous un soleil à vingt degrés... à mille mètres d’altitude.

Voilà une dizaine d’années que cela dure. Màni ne s’est jamais trompé. Il n’a pourtant rien d’un « geek » qui passerait ses journées à scruter les sites météorologiques sur internet. Cela lui vient spontanément, contre toute logique scientifique. L’agaçant, c’est qu’il n’y a aucune explication au phénomène. Passerait encore s’il anticipait la vérité de deux ou trois jours. Ou si, comme notre chien Denim, il s’agitait frénétiquement deux ou trois heures avant que nous ne percevions les premiers signes d’un orage.

Non! Six semaines... pas cinq, pas sept. Six!

Màni est un cheval islandais. Selon nos normes à nous, on le dirait poney... mais n’allez pas dire à des Islandais que leurs chevaux sont des poneys. Vous risqueriez d’être précipités tout crus dans quelque lave volcanique. Ce n’est pas seulement en Suisse qu’il est risqué de s’opposer à la doctrine officielle. Un cheval donc, avec lequel nous avons certes beaucoup travaillé. Et qui sait faire beaucoup de choses, des voltes, des révérences, des marche-arrière, de la marche au pied, comme un bon chien. Mais, promis, juré, la météorologie n’a jamais figuré au curriculum.

On croit tout savoir de la nature. On imagine en prévoir les caprices, qu’on enchâsse en savantes statistiques et qu’on dessine en courbes irrécusables. Mais le réel se rit de nos rêves mathématiques.

En ces temps où la politique rampe servilement devant une science prétendument divine, Màni nous offre consolation et espérance. La réalité échappe aux froids calculs. Au fond, nous ne savons rien, sinon que d’en avoir conscience est, comme chacun sait, une forme de sagesse.