10. août, 2021

Un son de cloche

Quand je frappe à la porte de mon esprit, il me renvoie un son de cloche avec son écho. En fait de raison, il ne me reste que résonances. C’est ne rien savoir que de trop savoir lorsque savoir n’est qu’un brouhaha de faits fous, d’informations foutraques et de fables frénétiques.

C’est qu’on dit tout à propos de tout et même le contraire. Tout à propos de la santé; tout à propos du climat. Et de tout le reste, vous dis-je! Plus question de vérité, qu’on disait jadis une adéquation de la pensée et de la réalité. Ou encore une conformité du langage au monde. Il faut bien s’y faire: on n’adéquate plus grand chose et on se fiche pas mal de conformité. Seul compte le discours et l’on ne peut choisir qu’entre mille mensonges, mômiers d’une nouvelle religion fondée sur la peur.

La peur: voilà le seul réel auquel notre esprit est invité à se conformer. A vous de choisir: peur du virus ou peur du vaccin? Peur de la mort ou peur des entraves à la liberté? Peur d’un laxisme d’Etat ou peur d’une dictature? Faites vos jeux! Rien ne va plus! Trembler est tendance. Cela reste vrai dans mille autres domaines. Il n’est qu’écouter attentivement les interviews à la radio. Difficile que le journaliste n’évite de poser une fois au moins la question: mais n’avez-vous pas peur que...? J’ai apprécié, l’autre jour, la réponse d’un politicien: Non Madame, la peur n’est pas ce qui m’anime!

Rien de neuf dans l’habitude des médias de se pourlécher les babines lorsqu’une actualité noire permet d’appâter le chaland. La pratique s’est étendue aux politiques et aux savants, qui aiment à contrefaire les prophètes de malheur. La peur, c’est bon pour la santé... de l’audimat et des pouvoirs.

Partout, on nous menace de l’enfer. On nous le promet plutôt tant on paraît jouir des malheurs à venir. Et du pouvoir que la terreur permet d’exercer sur ceux qu’on fait trembler.

L’enfer, on n’a rien inventé de mieux pour forcer l’obéissance, pour rythmer notre marche au pas de la Loi (Muray). On concèdera à l’enfer chrétien d’avoir sur tous les autres l’avantage de son envers radical: le paradis. Et bien des théologiens, des Pères jusqu’à Teilhard, enseignent que si l’enfer est de foi, on est fondé à croire que nul homme n’aura à y séjourner... à moins que nous nous y soyons déjà retranchés!

Mais voilà que les enfers qu’on agite devant nos yeux sont sans salut. La vie humaine sur la planète est fichue, ou presque, clame le GIEC et on ne sait plus trop si la race humaine s’éteindra sous les assauts du climat ou les ravages d’un virus.

Il y a certes urgence climatique. Il y a certes urgence sanitaire. Et urgence de préserver nos libertés. Et urgence à mettre sous couveuse notre petit lopin d’existence privée, pliable et portative, encore que d’aucuns – et j’en suis – s’énervent de cette passion vive pour la mort. Et soupçonnent qu’on y aille si fort qu’on se mette à inventer des remèdes pires que le mal.

Pas sûr que trembler soit d’une quelconque utilité. Peut-être que l’angoisse universelle est, en réalité, le seul ennemi vraiment redoutable. J’exerce mon esprit à la seule peur qui vaille: la peur que la peur l’emporte!

Et elle risque bien de l’emporter car la corruption du langage est, de toutes les corruptions, la plus grave. Quand le verbe vole d’émotion en émotion, quand la parole ne sait qu’accuser, quand au dialogue on substitue le pugilat – j’ai maintes fois employé le néologisme de gladialogue – quand on ne s’exprime que pour désigner l’infâme, l’infâme vaccineur, l’infâme objecteur de vaccin, l’infâme GIEC ou l’infâme climatosceptique, le complotiste, le populiste... alors oui, ce ne sont que sons de cloches mal accordées, des bruits incapables de faire une musique. Et c’est très précisément cela qui... cloche!

Eric Werner, dans sa chronique « Antipresse », parle d’enfumages. Fumées d’enfer sans doute et l’enfer est dans nos têtes: les cloches qui y résonnent sont des tocsins... et l’on n’ose pas trop aller y voir de plus près, par peur d’étouffer. Alors on ne pense plus, on sabre!

Si l’on est honnête – mais on ne l’est pas – on reconnaît qu’on ne sait quoi penser. La parole politique, l’écrit ou l’image médiatique, le déferlement des réseaux, tout cela sent diablement le mensonge. Les mots mièvres se mélangent aux menaçants. Les termes d’interdits aux injonctions de la liberté. Les rugissements rebelles aux sentences des soumis. Au point qu’on les confond. Au point que les discours divers en deviennent indistincts.

Un mensonge identifiable n’est pas si grave. On peut alors argumenter, débattre, dénoncer! Mais lorsque mentent aussi ceux qui dénoncent le mensonge... et qui, pas davantage que les menteurs, n’ont conscience de mentir alors, oui, on a institué ou sorte de grand magma verbal, le grand n’importe quoi logorrhéique. Ennuyeux que dans cet air pollué, les uns tiennent contre les autres le couteau par le manche du pouvoir. Et l’on voit bien de quel côté est la force...pour l’instant!

Chacun de nous veut poser son diagnostic. Chacun se glisse dans la peau d’un Docteur Diafoirus et la pièce qui se joue pourrait s’intituler: les malades imaginables! Tous des malades et des fous: les Pharmas, les anti-vax, et fous encore les pouvoirs et fous aussi ceux qui dans les rues braillent contre la folie. Et plus fous que fous ceux qui voient la folie partout... ou ne la voient nulle part.

Le son des cloches nous sonne. On marche sur la tête... mais on n’a plus de tête. C’est dire qu’on déambule à ... cloche-pied pour se rendre à Clochemerle. Oui! Je sais c’est facile...trop facile! Preuve d’une fatigue.

Alors, on demande une pause. Simplement, quelques jours de silence!