4. oct., 2021

Les dix tunes à Berset

Cinquante francs! Dix tunes! Mille sous! Voilà ce que coûtera désormais au contribuable suisse l’exploit du quidam qui en convertirait un autre au vaccin. Le dit quidam doit être, selon le communiqué fédéral, un proche. On attend avec impatience l’ordonnance qui fixera – en centimètres – les limites de cette proximité.

Le dit proche, précise-t-on, peut être vacciné ou non. Ce qui signifie qu’il n’a pas à présenter son pass sanitaire pour prêcher la bonne parole. Autrement dit, un antivax furieux pourrait tenter de convaincre un antivax beaucoup moins furieux ou même un provax négligeant…dans le seul espoir de gagner le précieux billet vert. Deux partenaires en manque de liquidités pourraient passer leur week-end à tenter de se persuader l’un l’autre de se faire injecter le précieux liquide… et récolter ainsi une double prime.

Voilà qui rappelle une situation pas si ancienne où les autorités scolaires offraient une récompense aux maîtres qui favoriseraient le recrutement d’un collègue. C’était, je crois, à Zurich.

Rien de nouveau dans cet encouragement pécuniaire à mettre la main au collet de qui se dérobe. Les Westerns usent et abusent de la méthode: Wanted, dead or alive, YZ! Cash Reward $XXX.

Mort ou vif, peu importe. L’intéressant est dans la somme promise. Pour Medor, on se contente de la mention « récompense ». Pour un bon parrain de la mafia, on allèche le candidat avec des chiffres à cinq ou six zéros. Entre les deux, le vaccinosceptique… qui vaut cinquante francs.

Il faudrait, je crois, pratiquer le procédé de manière beaucoup plus large.

Voyez par exemple le Royaume de sa gracieuse Majesté: plus de carburant dans les garages. C’est qu’on cherche désespérément des chauffeurs pour le transporter Du coup, on n’arrive plus à livrer des marchandises… que par ailleurs on arrive plus à produire, faute de travailleurs.

Pourquoi ne pas promettre des récompenses à qui recruterait chauffeurs et travailleurs? Voilà qui créerait du lien social. Le chauffeur ou le travailleur qui ne travaillerait pas occuperait ses journées à trouver l’improbable candidat qui lui vaudrait de toucher la rançon. Et ses soirées – mais ce n’est là que pure spéculation – à remplir les formulaires prouvant qu’il est bien le citoyen modèle à l’origine de l’embauche.

Il se murmure que ce n’est pas seulement en Angleterre que tout prend du retard. La faute au Covid, aux usines fermées, aux ports chinois confinés. Panne de puces pour nos machines et nos voitures. Délais effarants pour les pièces de rechange. C’est bientôt Noël: on ne sait trop quoi mettre au pied du sapin. D’ailleurs, on ne sait trop s’il y aura des sapins.

Bonne nouvelle pourtant: pas de pénurie de vaccins, du moins dans les pays qui ont les moyens de les payer. On ne manque pas davantage de personnel pour les injecter: pour cet office, on rémunère en France les infirmières à hauteur de 500 euros par jour, leur permettant ainsi de gagner en une semaine davantage qu’en un mois à l’hôpital, où il y a pénurie d’infirmières.

En Suisse, on le sait depuis longtemps, les caisses maladies souffrent d’une obésité chronique de leurs réserves. Pourquoi ne pas y puiser de quoi récompenser quiconque recruterait des médecins et du personnel infirmer, évitant ainsi qu’en pleine crise sanitaire, on doive commettre ce délit d’hôpital qu’est la suppression de lits d'urgence?

Bref, il faudrait généraliser la méthode: occuper les gens à se convaincre les uns les autres à embrasser des carrières dont ne veulent ni les uns ni les autres. Et puisque, de toute évidence, cela ne fonctionnera pas, on réalisera de grosses économies au poste comptable des rançons qu’on n’aura pas à verser.

Pour en revenir aux dix tunes à Berset, reconnaissons qu’il n’y a aucune crainte à avoir. Pas sûr en effet qu’à vouloir capturer le sceptique en mettant sa tête à (petit) prix, on suscite beaucoup de vocations de shérif!

On pourrait même – mais là je fais du mauvais esprit – éveiller quelques doutes dans la population, qui va bien finir par se demander pourquoi il faut pratiquer des méthodes de Western pour convaincre le citoyen de céder à une mesure dont le bénéfice est réputé évident.