Le nom du site fait allusion à Rabbi Nahman de Bratzlav, maître du hassidisme, ce courant mystique juif inauguré par son arrière-grand-père, le célèbre Baal Shem Tov.

Nahman naît en 1772 et meurt en 1810. Dès 1802, après un voyage en Israël, il s’établit dans la ville ukrainienne de Bratzlav ou Bratslav.

Le nom de Bratzlav est ainsi un hommage rendu à un maître à penser un peu insaisissable et qui, en première analyse, surprend par un gout apparent du paradoxe, dans sa pensée comme dans sa manière d’être.

Le lecteur trouvera de nombreuses études consacrées à Nahman de Bratzlav, tant sur Internet que dans les oeuvres de penseurs juifs, comme Marc-Alain Ouaknin. Je me contente d’énumérer ici quelques intuitions et attitudes de Nahman, dont j‘ai conscience qu’elles ont influencé ma propre façon de réfléchir.

 

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Chaque certitude est renvoyée à sa propre contradiction. "Non seulement les contradictoires se succèdent dans le devenir et coexistent au même moment sur des niveaux différents, mais encore, ils coïncident tout en se contredisant, et ceci en un même point. Il y a là une tension se définissant comme la contradiction d’une coïncidence et d’une contradiction... Le paradoxe est logique, ontologique mais surtout existentiel: il s’agit essentiellement de le vivre." (M.-A. Ouaknin, le Livre brûlé)

Bref! Le réel n’est jamais assez simple pour qu’on le puisse enserrer dans un système incontestable.

 

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Un paradoxe central: Dieu est transcendance absolue et donc radicale absence. Dieu est immanence absolue et donc radicale présence. Reste pourtant qu’on peut trouver Dieu. Comment? Par le questionnement qui sans cesse va de l’absence à la présence et de la présence à l’absence.

Fidèle en cela au Talmud, Nahman de Bratzlav nous conduit donc vers une intelligence de la question. Jolie formule de Ouaknin: «Etre et ne pas être en même temps, là est la Question.»

 

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Un livre ne doit pas figer une pensée. Il doit conserver une multiplicité de sens. Il est un lieu de tensions. De même, il est essentiel que les tables de la Loi aient été brisées et que le Nom de Dieu soit inconnu. La brisure de la loi est le refus de l’idole. Il y a, chez Nahman, comme une forme de claustrophobie: n’être enfermé par rien!

M.-A. Ouaknin construit une bibliothèque imaginaire où exposer les oeuvres de Nahman. Sur une première étagère, les oeuvres «lisibles»: deux tomes de recueils, des contes, des conseils pratiques. Sur une seconde étagère, ce qu’on appelle le Livre brûlé, oeuvre effectivement écrite mais que Nahman a ordonné de brûler, pour éviter que le secret n’en soit dévoilé. Il n’y donc rien sur la seconde étagère. Et moins encore sur la troisième, qui contient le Livre caché, celui que nul ne saurait lire sinon le Messie. 

 

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Parole de Rabbi Nahman: «Il faut faire attention de ne pas parler plus qu’il ne faut. Juste ce qui est nécessaire à la création du monde monde. Pas plus.»

 

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«Il est interdit d’être vieux», dit Nahman. Rien à voir, évidemment, avec le «jeunisme» contemporain. Le vieux désigne ici le figé, ce qui ne s’ouvre pas au questionnement, ce qui s’installe dans le «maintenant», tenant en main le temps et le fermant à l’avenir. Nahman ajoute: «il faut commencer à chaque instant une vie nouvelle».

 

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«Le désespoir n’existe absolument pas. Ne jamais se décourager! Toujours se réjouir! Si tu crois que l’on peut détruire, crois aussi que l’on peut réparer.»

 

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Et ces conseils pour terminer:

 

« L’homme doit traverser un pont très étroit. Mais ce qui essentiel, c’est qu’il n’ait pas peur. Pas peur du tout.»

«Tu ne peux pas tout faire? Fais au moins un peu.»