15. févr., 2020

Chronique des mots nouveaux et de l’hiver aphone

Jadis, l’hiver bavardait de flocons diserts. Des mots de neige, des cristaux d’alexandrins. Il semble qu’il ait perdu son souffle blanc. Le poète hiver est devenu vulgaire, lâchant un jour quelques brassées poudreuses, effaçant tout le lendemain d’un vent de sèche-cheveux. L’hiver braille alors qu’on le rêvait chantant.

Il a perdu le sens de mots, comme nous tous qui poétons en onomatopées et versifions en borborygmes.

Il y a les mots-tics, comme le verbe pouvoir dont je dénonce régulièrement l’usage compulsif. Pardon de me répéter: Bis repetita possunt placere! On ne dit plus qu’il faudrait diminuer les émissions de gaz carbonique…non! Il faudrait « pouvoir les faire diminuer. » On ne devrait plus offrir aux enfants l’occasion de lire mieux et davantage…il faut leur donner l'opportunité (aïe!) d’avoir la possibilité de pouvoir lire. C’est pour l’instant un tic oral…il n’est que d’enclencher la radio! Je ne manquerai pas de revenir à la charge le jour où cette absurdité passera à l’écrit.

Il y a aussi le délicieux sabir pseudo-scientifique. Chers amis, qui croyiez que j’étais maladroit, distrait et sauvage, détrompez-vous! En réalité, je souffre (Ah! pauvre de moi!) de dyspraxie, de défaut de la vision binoculaire et suis affecté de quelques traits autistiques. Cela en « jette », n’est-ce pas? Dyspraxique, bicleux et autiste, il faudrait que j’aie la possibilité de pouvoir me faire soigner…mais il paraitrait que je fusse trop vieux!

Et si vous souffrez d’un manque de mots, s’il vous faut à tout prix avoir la possibilité de pouvoir parler un langage plus moderne, lisez le délicieux « Petit Fictionnaire Illustré » d’Alain Finkielkraut.

« Finky », comme le surnomment ceux qui aiment à détester ce philosophe qui adore être détesté, dont les mains tremblent de rage à chaque interview, dont les colères rouges font les délices des plateaux de télévision, « Finky », donc, nous dévoile en cent-vingt pages l’étendue de son intelligence… dont personne n’a jamais douté et la truculence d’un humour dont certains l’imaginent dépourvu.

Quelques entrées choisies à peu près par hasard pour vous mettre l’eau à la bouche:

Imachination: complot parfait ourdi en rêve pour terrasser ses ennemis.
Talentueur: assassin professionnel réputé pour ses finitions impeccables.
Camenbour: style de blagues qu’on aime bien faire entre la poire et le fromage.
Toutriste: voyageur parti à l’aventure, et auquel il n’est absolument rien arrivé.
Macablé: cadavre au visage soucieux.

S’il nous faut donc, par quelque effet de mode, inventer une « novlangue », évitons d’être de ces flemmartistes virtuoses de l’indolence qui échangent des gorespondances et dont les paroles sont insignifientes. Pour éviter que notre belle langue française ne se métamortphose.