21. avr., 2020

Chronique d'un confinement ordinaire

L’homme confiné ne manque pas d’occupations. D’une main, il travaille sur son ordinateur et de l’autre corrige les devoirs des enfants. Lorsqu’il en a terminé, il prépare le repas tout en passant l’aspirateur, puisque son aide de ménage est elle aussi assignée à résidence. Il débouche le lavabo, graisse les serrures, s’improvise électricien et s’en va promener le chien. Il se dépêche car, en fin d’après-midi, il ne manquerait pour rien au monde l’apéritif virtuel avec ses « trois décis » bien réels. Le soir, il ouvre sa fenêtre ou se rend sur sa terrasse pour y applaudir celles et ceux qu’il espère, grâce à son zèle, n’avoir jamais l’occasion de rencontrer.

Bref, le confinement l’épuise et il lui tarde de retrouver enfin la tranquillité des embouteillages, la promiscuité ferroviaire et les cadences de production. Faire la queue à l’aéroport plutôt qu’à la Migros; éternuer dans sa main plutôt que dans son coude; se frotter aux aisselles transpirantes de ses collègues; « faire la bise » à chacun, en signe  de communion fraternelle, se dépêcher de rentrer rapidement chez soi afin de ne manquer pour rien au monde sa « série » préférée, où l’on met en scène quelque pandémie apocalyptique provoquée par un improbable virus.

Il faut bien rêver un peu!