6. mai, 2020

Chronique des pleureuses

Ce diable de virus nous avait privés des pleureuses du Vendredi-saint. La tradition romontoise, attestée dès le XVème siècle, met en scène une vingtaine de femmes défilant en procession à la suite d’un Christ staurophore. Voilées de pied en cape, elle ne constituaient qu’un danger minimal de contagion. Mais on les a fait taire, discipline sanitaire oblige. Dont acte… nous nous en remettrons.

Bonne nouvelle toutefois: les pleureuses ont repris du service. Elles se lamentent dans les journaux, sanglotent à la radio, larmoient à la télévision. Agées, elle geignent d’être discriminées; jeunes, elles vagissent d’être privées d’aller en boîte, puisque contraintes de demeurer « à la boîte »; sans âge, de tout âge plutôt, elles s’agglutinent en processions automobiles devant les temples dédiés au dieu Mc-Donald, ( deux heures d’attente! ), chignant et crissant des dents d’avoir jeûné si longtemps de leur viatique de pain mou et de boeuf aux hormones; étudiantes, elles s’apitoient sur l’injustice d’avoir à subir des examens en des temps si étranges.

Encore une bonne nouvelle: ces pleureuses, du simple fait qu’elles pleurent, témoignent de leur excellente santé. Elles ont échappé aux vraies douleurs, dont Sénèque disait qu’elles sont toujours muettes. Les morts ne pleurent plus et ceux qui ont échappé au pire manifestent leur reconnaissance à l’égard de ceux et celles qui, trop occupés pour se contempler le nombril, ont pris tous les risques pour sauver leurs patients.

Le confinement a six semaines d’âge, pas six mois, pas six ans comme en 39-45. C’est le temps d’une – longue – période de vacances.

L’homme, dans nos pays nantis, est un enfant gâté…on pourrait en pleurer de rage!

(Article paru dans la Liberté du 6 mai 2020)