7. juin, 2020

Chronique de la messe déconfinée

Le virus faisant mine de s’essouffler, l’homme peut à nouveau se faire couper les cheveux ou graver un tatouage sous l’aisselle gauche. Il lui est aussi permis de déjeuner dans son restaurant favori, pour autant qu’il désinfecte ses mains en entrant, se tienne à distance respectable de ses commensaux et que le serveur avance masqué. Son médecin traitant, tout aussi masqué, l’accueille volontiers pour diagnostiquer l’infarctus qu’il avait différé pour ne pas encombrer les hôpitaux.  La piscine lui est encore interdite mais plus la messe dominicale, moyennant du gel hydroalcoolique dans le bénitier, une hostie « lâchée » – dixit Monseigneur – dans la main du communiant et surtout la prohibition formelle, que je propose de proroger pour l’éternité, du shake hands liturgique ou pire du très paulinien et dégoûtant « baiser de paix » qui célèbre, dimanche après dimanche, celui de Judas.

Mais surtout, surtout mes frères bien-aimés, interdiction de chanter. Car le fidèle chantant postillonne. Il postillonne même davantage qu’il ne chante si l’on peut qualifier de chant l’éructation dissonante de ces sous-produits de juke box ecclésiastique dont on se meurtrit les oreilles au nom de la bienheureuse « participation des fidèles ». Il y longtemps que je tonne contre ce tonnerre effrayant du chant de foule, bousin méphitique qui préfigure les tourments de l’enfer.

Du coup, voici que nos curés se mettent à faire appel à des musiciens pour faire de la musique, à de vrais chanteurs pour chanter et qu’ainsi, plus efficacement que n’aurait pu le faire un Concile, la qualité de nos liturgies s’en trouve incommensurablement améliorée.

Encore un petit effort, et l’on interdira les bavardages homilétiques. Ce jour là, pour sûr, je retournerai à la messe.