5. nov., 2020

A trop hoqueter le bien…

Aucun doute possible: nous sommes des cancres. A l’école de l’hygiène de vie, nous sommes des « minus habens » qui peinent à apprendre les plus élémentaires leçons, obligeant nos enseignants à des répétions sans fin. Et ils s’essaient, les pauvres, à tous les tons, mineurs ou majeurs, pour exciter un peu nos lasses cervelles.

Les gourous de l’écologie sévissent à la radio: enclenchez votre poste à n’importe quelle heure, vous avez huitante pour-cent de chances de tomber sur un discours virant au vert: comment réduire les émissions et les déchets, comment promouvoir les énergies alternatives? On ne parle plus que de cela. Pareil à la télévision où l’on ne voit qu’affidés de quelque « new deal » ou d’un « grand reset » censés incarner les prophètes de notre temps.

Toute l’énergie des publicistes se concentre sur la promotion de l’e-mobilité: rien de plus désirable, martèlent-ils, que des roues branchées sur secteur.

Pareil avec la pandémie: le régent Berset agite le bâton de la réprimande pendant que Maîtresse Sommaruga, en bonne Dalaï-Mamma (comme Muray le disait de Ségolène Royal), y va plutôt de discours melliflues, encourageant ses petits à adopter les « bons comportements ».

Certes, on ne dira jamais assez l’importance de lutter contre une pandémie, de limiter la pollution, de trier les déchets, bref d’adopter des attitudes responsables et simplement humaines.

Reste que la pédagogie s’avise depuis longtemps qu’elle est inefficace lorsqu’à l’éducation elle substitue le conditionnement, lorsqu’elle s’abaisse à la répétition plutôt que de favoriser l’émergence du sens. Antoine de La Garanderie disait – pardon d’asséner à mon tour cet aphorisme décisif pour la centième fois: le maître transmet à l’élève des structures de sens, devant lui abandonner le soin de découvrir par lui même le sens de ces structures.

On nous abreuve de « structures de sens », déclinées en statistiques affolantes sur le nombre de cas « Covid », sur la menace d’asphyxie par excès de Co2, de particules fines, de perturbateurs endocriniens, sur l’inéluctable réchauffement du climat. Ce sont des structures de menace et il est incontestablement utile que nous en soyons informés.

Mais comment découvrir « par nous-mêmes le sens de ces structures » si la répétition inlassable des données du problème n’offre plus aucun temps de silence pour la réflexion et si l’on n’enjoint à l’élève rien d’autre que de répéter servilement ce que le maître veut entendre?

L’élève, s’il veut devenir un « pédagogue à l’égard de lui-même », commence bien sûr par s’aviser des données mais ne saurait s’arrêter à ce savoir. Ce savoir, il doit le muer en connaissance, c’est-à-dire lui conférer un sens personnel et l’assimiler.

Et cette promotion du sens ne saurait advenir sans esprit critique.

La mobilité grâce aux déplaçoirs électro-ménagers que sont – selon l’expression de la Revue Automobile – les voitures hybrides ou électriques? Certes! Mais quid des énergies grises? Des pollutions dues aux batteries? Des dépendances insensées à l’égard des puissances qui détiennent les matériaux idoines? Quid des risques d’incendie des batteries – Ford, BMW et Hyundai viennent de « rappeler » des dizaines de milliers de véhicules en raison de ce danger?

Réduire les émissions de CO2? Certes! Mais quid des autres pollutions? Et où puiser l’énergie que ne produiront plus les sources nucléaires, bannies à relativement court terme.

Miser en toutes choses sur la technologie? Certes! Mais quid de la fragilité des systèmes dont on ne veut pas savoir – alors qu’on le sait précisément – qu’ils peuvent se désorganiser facilement ou faire l’objet de manipulations malveillantes ou de surveillance de masse?

Endiguer la pandémie? Certes! Mais quid de l’effondrement économique qui conduira des millions d’êtres humains à la faillite ou au chômage? Et quid de la vie sociale et affective, qui importe autant que le fonctionnement des carcasses?

Bref: que des évidences!

Reste qu’à confondre l’éducation avec le conditionnement, la réflexion avec l’injonction, judiciaire ou morale, on finit par lasser tout le monde. Lorsque le « Bien » circule en boucle dans les médias ou les discours politiques, on finit par s’en méfier. S’ils se répètent ainsi, toujours et partout, se dit-on, il doit y avoir anguille sous roche. Pas besoin d’être « complotiste » pour flairer à tout le moins quelque ignorance qu’on veut masquer ou quelque occulte intérêt qu’on veut servir.

Le Bien ne souffre pas d’être hoqueté comme un mantra. A trop insister, on provoque des résistances. C’est embêtant pour l’écologie et pour la santé, mais assez rassurant pour l’intelligence et la liberté.