3. déc., 2020

Covid et Goliath

Je ne sais pas si vous êtes comme moi: cette histoire de virus, cela commence à me courir sur le haricot, expression dont on ne mesure le pouvoir évocateur qu’en s’avisant de l’antique équivalence entre « courir » et « importuner » ( ainsi n’est-il pas impossible que je sois en train de courir mes lecteurs), sachant par ailleurs que le haricot est l’argot de l’orteil. Importuner l’orteil, cela se peut obtenir en marchant dessus ou en le chatouillant. Bref, c’est très désagréable. Tout cela pour dire que le Covid19, « sans vouloir paraître grossier et moins encore vulgaire », comme le dit Naudin dans les Tontons, eh bien le Covid, « il commence à me les briser menu! ».

Ce qui me court le plus, c’est de creuser mon reliquat de méninges sans en tirer la moindre idée claire. Plus je m’informe aux sources souvent invérifiables des milliers d’interviews en ligne, plus je parcours les articles, tous plus scientifiques les uns que les autres et se contredisant joyeusement, plus je me dis que le Covid, ça touche d’abord le cerveau, ça brouille les aiguillages synaptiques, ça court-circuite les neurones. Bref, la pandémie est comme ces brouillards épais qui s’accrochent au Lac de Joux en automne. Bienvenue dans les ténèbres de l’inconnaissance!

N’y comprenant rien, je vais tout vous expliquer... réflexe pavlovien de vieux professeur.

Il était une fois un tout petit virus dont on dit qu’il serait né les yeux bridés dans la Chine profonde. Il aurait été transmis par une de ces bestioles exotiques dont les Gault&Millau made in China vantent les promesses gustatives. Comme le rappelle Michel Onfray en préface de son ouvrage La vengeance du Pangolin: « Les Chinois mangent tout ce qui a quatre pattes, sauf une table, tout ce qui vole, sauf un avion, tout ce qui se trouve dans l’eau, sauf un bateau.» Le dicton est illustré par quelques recettes tout-à-fait appétissantes qu’Onfray désigne comme responsables de multiples zoonoses, dont celle qui nous occupe.

D’autres sources – assez nombreuses sur la toile – estiment que le certificat de naissance du virus aurait été signé par un Institut Pasteur en France, d’où il aurait été expédié à Whuan. Une éprouvette cassée, ou simplement égarée, et voilà le monde ravagé. Encore une hypothèse, invérifiable pour le moment. On en saura plus – peut-être – dans cinquante ou cent ans.

Ce virus, certains disent le pouvoir éloigner grâce à l’hydroxchloroquine – associée à une autre molécule – pour autant qu’on s’y prenne assez tôt. Ce ne serait pas la panacée, mais mieux que rien. Pour d’autres, mieux vaut rien que ce mieux qui serait inefficace et surtout, ne coûte presque rien.

Comme l’alcool dans le Ginger Ale, Corona ressemble à la grippe... mais ce n’est pas de la grippe. Les jours de mauvaise humeur, il vous fait monter la fièvre, vous ôte le goût et l’odorat, vous fait tousser et s’il y met vraiment du sien, il vous envoie à l’hôpital, au pire avec quelques tuyaux dans la bouche et un coma artificiel.

Bizarrement, il vous torture plus qu’il ne vous tue: un vicieux, je vous le dis! La létalité du Covid serait très faible... de l’ordre de 0.5%. Mais là aussi, on lit tous les chiffres. On dirait des sondages d’opinion. Particularité du virus: il réveille des maladies que vous traînez parfois depuis longtemps et que les médecins étaient parvenus à maintenir à peu près silencieuses. On meurt parfois du Covid... mais le plus souvent avec le Covid, associé à d’autres pathologies. Ainsi apprend-on que Giscard d’Estaing est « mort du Covid19 », mais qu’il avait été hospitalisé quelques semaines auparavant pour des troubles cardiaques et respiratoires, ce qui, à 94 ans, était son droit le plus strict.

De nature très sociable, le virus se transmet facilement: rien de plus simple que de le partager avec vos amis. La plupart du temps, vous ne vous rendez compte de rien, ni que vous êtes infecté, ni que vous avez infecté les autres. En cela, rien de nouveau par rapport aux grippes qui circulent en hiver.

Donc, si j’ai bien compris, la mortalité du Covid 19 n’est pas trop affolante. Ses effets secondaires sont très embêtants, mais, la plupart du temps, ils se résorbent en quelques semaines. Parfois, c’est vrai, ils s’incrustent.

Le vrai problème serait d’abord que cette maladie nous expédierait plus vite que d’autres à l’hôpital... et que nous devrions y séjourner plus longtemps, d’où la crainte, partout exprimée, de voir les services d’urgence ou de soins intensifs débordés.

En faisant du mauvais esprit, – et quand on a pas d’esprit, il devient généralement mauvais – on pourrait estimer que cela tombe vraiment mal au moment où à peu près tous les pays du monde ne pensent qu’à diminuer les coûts de la santé, et pour cela à fermer des hôpitaux, regrouper les soins dans des unités gigantesques, qui – soit dit en passant – font de parfaits foyers d’infection, et pas seulement pour le Covid. Si l’on ajoute que l’on rémunère chichement les personnels soignants, qu’on en limite drastiquement le nombre, qu’on les fait travailler comme bêtes de somme, qu’en Suisse on choisit – par souci d’économie? – d’importer des médecins étrangers plutôt que de les former nous-mêmes, qu’en France, – encore une rumeur? – les médecins généralistes sont priés de ne pas se mêler de l’affaire et que pendant que leurs collègues hospitaliers croulent sous le travail, ils n’ont pas d’autre choix que de ronger leur frein, on se demande pourquoi l’on s’attaque au minuscule virus avec des bombes nucléaires plutôt que de réfléchir aux politiques sanitaires... et redéfinir les priorités budgétaires.

Confinement, partiel ou entier, masques lorsqu’on ne peut respecter les distances, mais masques tout de même si on les respecte, fermeture des commerces ou de bouts de commerces, entassements tolérés dans les transports publics mais prohibés pour les tire-fesses, écoles masquées dès 8, 10 ou 12 ans ou fermées, c’est selon, par simple mesure pédagogique, (Ah! La pédagogie des mesures anti-pédagogiques!), tout cela dans un désordre qui, à l’esprit retors, pourrait apparaître comme de l’affolement, oui, on vise la mouche avec une grosse Bertha, ou alors on cherche, pour l’attirer, des hectolitres de vinaigre, en espérant qu’elle s’y noie. Quelle mouche - la même ou une autre? – a donc piqué tous ces guérisseurs qui font la mouche du coche en mitonnant des remèdes pires que la maladie?

On dirait un combat entre Covid et Goliath, un Goliath autoritaire au front bas et à la sottise native, qui n’a pour lui que l’autorité de muscles dopés aux anabolisants. Face à l’ennemi, les Philistins brandissent menace sur menace et opposent au petit Covid, muni de sa fronde, de cinq cailloux et d’un bâton, un body-buildeur « casqué de bronze et revêtu d’une cuirasse à écaille »... le faisant ressembler à un Pangolin!

Le premier livre de Samuel (Ch.17) montre que l’arme était inappropriée. En opposant au roué David - alias Covid – un Goliath boursouflé et suffisant, c’est le petit malin qui l’emporte. Je le sais bien, la comparaison n’est pas très flatteuse pour le David biblique...qui mériterait plus de considération. Mais la leçon qu’on en peut tirer est l’inadéquation des « énormes » mesures que l’on prend face à un adversaire qui, si l’on y prend garde, pourrait bien devenir roi.

Reste que la néo-bible de nos experts va ajouter un chapitre à notre histoire: un deuxième Goliath va surgir: la vaccination universelle.

Là aussi, c’est un joyeux bazar: les uns entonnent les hymnes de la victoire, pendant que d’autres détonnent dans le concert des espérances. Jamais, disent ceux-ci, on avait produit de vaccin aussi rapidement. Progrès de la science, répliquent ceux-là...où ceux dont la bourse frétille déjà dans l’attente de pluies d'or. Et puis, sur les trois vaccins proposés – le plus classique étant produit au pays du Pangolin – l’un n’est pas un vaccin, relevant plutôt d’une inédite thérapie génique, dont nous autres - les aînés dits à risques et auxquels il n’y aurait pas beaucoup de risques à faire prendre des risques – constituerions un échantillon expérimental tout-à-fait fascinant.

Il va de soi que la vaccination demeurerait librement obligatoire. On ne nous piquera pas de force... mais gare à qui refusera d’affronter le Goliath de l’injection: il se murmure – encore des rumeurs – que l’insolidaire qui s’aviserait à résister pourrait se voir interdire de prendre l’avion, et pourquoi pas le train, et pourquoi pas le ticket d’entrée au concert ou au théâtre. Allez savoir s’il n’aura pas à subir aussi une augmentation de ses primes d’assurance maladie, comme bientôt les obèses, les fumeurs, les objecteurs de conscience au jogging et je ne sais quels autres déviants parmi lesquels, peut-être, les lecteurs de mon blog, statistiquement dérisoires puisque nombreux d’un petit demi millier de lecteurs par semaine.

Bref, on agite là aussi un monstrueux Goliath, dont on ne sait si réellement il menace ou s’il n’est qu’un Golem surgi de quelque imaginaire craintif.

Tout cela pour dire une fois de plus qu’on ne sait pas grand-chose! En une époque où tout n’est que « communication », où chacun peut avoir accès à plus d’informations qu’il n’en peut digérer, voilà que tout se brouille. La seule luciole qui paraît surgir du « petchi » des convictions contradictoires, c’est une fois de plus que l’autorité factice d’un Goliath ne peut rien face au rusé Covid. Ou, pour céder à la facilité de citer des dictons populaires, les mouches, ça s’attrape avec du miel, pas avec du vinaigre. On cherche vainement le miel.

Je crois qu’il faudra bien apprendre à vivre avec ce que les stratèges nommeraient de « nouvelles menaces ». Car petit Covid deviendra grand et fera des petits. Inévitable, comme je le soulignais dans une précédente chronique consacrée à notre manie de vivre « en masse ».

Apprendre, positivement, à gérer les maladies nouvelles par des mesures simples de prudence et un système médical performant et dégagé des obsessions mercantiles.

Apprendre, négativement, à ne plus détruire les équilibres naturels, à limiter les activités des docteurs Folamour qui, dans leurs laboratoires, tripatouillent le vivant jusqu’à lui faire engendrer la mort, bref apprendre à reconnaître nos limites.

Toute cette affaire de virus et de vaccin, au fond, est une sanction de notre « Hybris ». Un avertissement en tous les cas... et qui commence à nous fatiguer!