28. déc., 2020

Une année 2020 en vices capitaux.

Etre bête, c’est l’être en l’ignorant. Etre hébété, c’est l’être aussi mais en le sachant, donc avec une certaine intelligence. Vieille lune philosophique: la sagesse commence avec la conscience de l’ignorance.

2020 fut ainsi une année philosophique où l’on mesura d’abord l’étendue de nos ignorances, notre hébétude ensuite devant les discours ruisselant d’oxymores, et enfin notre bêtise à cuire de omelettes après avoir pondu des dogmes de circonstance.

L’ignorance est totale, si totale qu’on ignore même qu’on ne sait rien de sûr. Ni l’origine du virus... naturelle ou accidentelle; ni sa manière de se transmettre; ni la part à lui attribuer réellement dans le décompte des décès.

Des oxymores, on nous en aura servi à louches pleines: d’un même élan, souvent sincère, on nous aura dit tout et le contraire de tout: de l’utile inutilité des masques à l’indispensable fermeture des écoles...pour de simples raisons pédagogiques, en passant par les alléchantes promesses d’une hydroxychloquine interdite, la mise au rancard du Remdesivir acquis à hauteur d’un ou deux milliards d’euros par l’UE et l’alléchante promesse de vaccins librement obligatoires. Sans compter les statistiques révélant qu’on meurt beaucoup en ce moment, à un âge supérieur à l’espérance de vie.

Quant aux dogmes, on songe évidemment aux vaccins, dont on ne sait pas grand chose mais qui, c’est décidé, serviront à tout.

2020 fut une année « diabolique » au sens premier du terme: le syn-bolos, c’est ce qui unit; le dia-bolos, ce qui oppose tout à tous. Bref: une année vicieuse!

En 2020, nous aurons pratiqué avec zèle ces sept vices capitaux dont, enfants, nous mémorisions la liste. L’exercice devait nous prémunir du mal: c’est peu dire que le vaccin échoua à l’éradiquer.

Heureusement, les moralistes ont associé à chacun des sept vices capitaux une vertu. On se promènera ici parmi eux, réservant au mois de janvier prochain l’approche plus souriante des vertus qui les peuvent combattre. Ne faut-il pas, avant que de s’épancher en thérapies, en passer d’abord par un diagnostic sérieux?

Allons-y donc avec les vices et leurs sévices version 2020. Ces vices, on les dit capitaux – de caput = la tête – essentiellement parce qu’ils sont à la racine de tous les autres maux, symboliquement parce qu’ils procèdent de quelques courts-circuits survenant dans notre « tête ». Vive les vices, si l’on entend persévérer dans la sottise!

En tête des vices « de tête »: l’orgueil.

En langage populaire, on dit d’un orgueilleux qu’il est « gonflé ». Il est dopé aux anabolisants du moi, dont j’ai montré dans mon dernier ouvrage (Monsieur Lamède) qu’il est à distinguer du je. Dans une bouffée délirante d’orgueil, je suggère à mon lecteur de se référer à cet ouvrage, qui doit se trouver – dûment désinfecté – dans toutes les librairies encore ouvertes.

2020 fut donc une année de pandémie du moi, et surtout du moi politique et médiatique, lesquels paraissent d’ailleurs avoir fusionné. Le Covid fut – et restera – l’occasion pour les dirigeants et leurs fidèles porte-parole, de s’ériger des statues de sauveurs. Nos démocraties moribondes sont désormais mises en quarantaine, puisque les parlements ont transféré - le plus légalement du monde – le pouvoir du peuple aux exécutifs... nous verrons plus avant que cet abandon relève du vice de paresse.

Ce fut donc un grand moment d’orgueil pour les « professions délirantes » que Paul Valéry définissait ainsi – et que j’évoquais déjà dans ma chronique du 19 septembre dernier:

« Je nomme ainsi tous ces métiers dont le principal instrument est l’opinion que l’on a de soi-même et dont la matière première est l’opinion que les autres ont de vous. Les personnes qui les exercent, vouées à une éternelle candidature, sont nécessairement toujours affligées d’un certain délire des grandeurs qu’un certain délire de la persécution traverse et tourmente sans répit. Chez ce peuple d’uniques règne la loi de faire ce que nul n’a jamais fait et que nul jamais ne fera ».

Valéry se trompe hélas en sa conclusion: ce que nul n’a jamais fait, nous l’avons fait et nous en sommes si fiers que nous continuerons à le faire: confiner, tracer, masquer, ruiner l’économie, saboter les affects, mentir... et bientôt vacciner de force. L’orgueil est ce délire des grandeurs traversé de tourments, des tourments tout de tremblements...quasi eschatologiques.

Dans le même ouvrage (Monsieur Teste), Valéry nous livre le portrait prémonitoire de ces êtres que l’on dit supérieurs, ceux que leur pouvoir exalte, ceux qui s’incrustent dans les médias, forts de leurs projets « bienveillants » pour l’humanité entière:

« Ce qu’ils nomment un être supérieur est un être qui s’est trompé. Pour s’étonner de lui, il faut le voir – et pour être vu, il faut qu’il se montre. Et il me montre que la niaise manie de son nom le possède. Ainsi, chaque grand homme est taché d’une erreur. Chaque esprit qu’on trouve puissant commence par la faute qui l’a fait connaître. En échange du pourboire public, il donne le temps qu’il faut pour se rendre perceptible, l’énergie dissipée à se transmettre et à préparer la satisfaction étrangère. Il va jusque’à comparer les jeux informes de la gloire à la joie de se sentir unique – grande volupté particulière. »

On se demande en effet si l’énergie dissipée à se transmettre en déclarations et conférences de presse n’eût pas été plus intelligemment employée ailleurs. Reste que c’est une grande volupté particulière que de se considérer comme investi du droit de gérer jusqu’à la vie privée des gens.

Oui, 2020 fut une année d’orgueil affiché... mais seulement l’orgueil d’une petite caste d’élus et qui craignent peut-être... pour leur pouvoir. Merci donc à ceux qui, se gonflant d’orgueil, ont dégonflé le nôtre, laminé par une servile soumission.

Deuxième vice capital: la luxure.

Le mot est délicieusement désuet... et il faut l’arracher au sens qu’en ont confisqué les moralistes, qui n’y ont vu que le « péché de la chair ».

A l’origine: l’adjectif latin luxus, qui signifie déboîté, de travers. On craint que les luxations d’épaules et de hanches, qui ne manqueront pas au palmarès des skieurs autorisés ou réfractaires, ne viennent à encombrer des hôpitaux qu’on dit surchargés...et qui le sont effectivement en cette année luxée.

Luxus fonde ensuite la luxuriance désignant une surabondance végétale. Cette fécondité s’exprime souvent en surgeons et rejets qui poussent « de travers ». Elle agace le jardinier, qui y voit une abondance malsaine. (Cf.Curiosités étymologiques, René Garrus).

La luxure serait donc ce vice de l’abondance malsaine. Sans vouloir être désagréable et moins encore complotiste, il faut bien reconnaître que nombre d’industries pharmaceutiques s’obsèdent de projets d’abondance, fût-ce au prix de la disette des autres, voire de la santé des personnes. Mais nous sommes complices: dans nos sociétés occidentales, nous sommes tous devenus luxurieux et replets dans nos complets. Il n’est qu’avouer notre désarroi à l’idée d’une surabondance bientôt reléguée aux archives des mémoires heureuses, lorsque l’orgueil législatif et réglementaire aura fini d’assécher notre économie.

2020: une année luxée, tordue, de travers. Il serait judicieux de prévoir quelques séances de rééducation.

Troisième vice capital: l’avarice.

L’avarice est le carburant qui fournit à la luxure son énergie. L’avare, ce « dévot impénitent de la tirelire et du coffre-fort » (Léon Bloy), ne pense qu’en termes de rentabilité... et donc d’économies.

L’avarice, il y a des écoles pour l’enseigner: leurs professeurs sont des managers ou des consultants. Minimiser les coûts, organiser les flux tendus, économiser sur le personnel, investir dans des machines non syndiquées, cela se pratique aussi en médecine, avec la transformation de « l’hôpital de stock en hôpital de flux », comme le relève Stéphane Vellut dans son ouvrage paru chez Gallimard: L’hôpital, une nouvelle industrie. Jacques Perrin, dans La Nation No 2164, en livre un excellent résumé qu’il intitule: L’hôpital, une histoire de malades. Chez nous, le diagnostic est confirmé par le Dr René-Marc Jolidon dans la Revue Médicale Suisse 2236 du 18 novembre 2020: « Le système actuel a insidieusement grignoté le système de santé en l’appauvrissant et le fragilisant. Il faut dire et redire que la politique du flux tendu... est une méthode trop fragile pour en user sans discernement. C’est ce que nous démontre ce petit microbe de rien du tout qui semble avoir su bloquer les rouages de ce monde fou, le laissant tout pantois. »

Au nom de la rentabilité, on a fermé des centres de soin, imposé aux personnels des rythmes... de malades, limité le temps à consacrer à chaque patient... et augmenté drastiquement celui passé devant les écrans. Et lorsque survient une pandémie, le système est débordé... mais il l’était déjà avant. En 2020, nous avons simplement payé le prix de l’avarice.

Quatrième vice capital: la colère.

Face à cet orgueil, à cette luxure, à cette avarice, oui, certains se mettent en colère. En France surtout, des médecins, des sociologues, des chercheurs tempêtent contre la doxa, seule autorisée de parole. En Suisse, on s’énerve plus volontiers autour d’une fondue assez filandreuse. Du côté officiel, on préférera nommer cette colère du nom infamant de complotisme (Cf.ma chronique du 22 novembre).

Fâchez-vous contre les statistiques fumeuses, les mesures démesurées (Cf.ma chronique Covid contre Goliath ), les vaccins obligatoirement facultatifs, et le diagnostic est vite posé: vous êtes un complotiste, un égoïste, un esprit anti-scientifique. Bref vous êtes coupable de liberté de penser.

Je vais de ce pas proposer aux moralistes de requalifier le vice de colère en vertu!

Cinquième vice capital: la paresse.

En 2020, la paresse fut essentiellement intellectuelle. Je l’évoquais plus haut: lorsque des parlementaires refilent la patate chaude au gouvernement – qui, à leur décharge, l’accepte avec joie – ils renoncent à leur mission, devenant des fainéants, c’est-à-dire des gens qui fabriquent du néant. Obéissant usque ad mortem, ils demeurent politiquement confinés, se livrant au télé-travail, lequel consiste à bâiller devant la télévision, en écoutant par exemple les interminables conférences de presse ânonnées par ceux sur qui ils se sont défaussés de leur fardeau.

Paresse intellectuelle aussi de toutes les autres instances assoupies dans le confort de la docilité – comme les Eglises, vêtues de l’albe chasuble de l’humble obéissance – plutôt que de poser les questions de fond qui initieraient ne serait-ce que le début d’une réflexion critique. Paresse enfin de chacun de nous qui se demande s’il a le « droit » d’embrasser sa mère, le « droit » de se promener en forêt, le « droit » de serrer la main de son voisin, le « droit » d’ôter son masque lorsque ses lunettes sont embuées. Et toutes les lunettes sont embuées!

A force de paresse, 2020 fut une année épuisante.

Sixième vice capital: l’envie.

A distinguer nettement du désir. Le désir est cette flamme intérieure qui nous échauffe à conférer du sens à ce que nous entreprenons.

« Dans chaque être, il est un trésor qui ne se trouve en aucun autre. Mais ce qui est trésor en lui, il ne pourra le découvrir que s’il saisit véritablement son sentiment le plus profond, son désir principal, ce qui, en lui, émeut son être le plus intime. » (Martin Buber, Le Chemin de l’Homme).

L’envie est une autre affaire, que René Girard a étudiée dans ses travaux sur le mimétisme et le bouc émissaire. En gros: nous nous intéressons aux choses en tant qu’elles sont possédées par un autre. Cela ressemble à la jalousie, qui en est la version dépitée, lorsque nous nous avisons que l’objet envié demeure inaccessible.

Dans Monsieur Lamède, je me suis largement étendu sur la question et renvoie donc mon lecteur à son irrépressible envie de lire l’ouvrage.

En 2020, on a vu se développer une nouvelle mutation du virus de l’envie: la délation, lorsqu’on appelle la police pour signaler, par pure vertu de citoyenneté, qu’il se passe chez le voisin des choses inavouables, comme par exemple, un repas de famille.

Septième vice capital: la gourmandise.

On se demande bien comment cette année bizarre peut être qualifiée de gourmande. On la juge plutôt d’ascèse et de restrictions. Et puis, nous nous révoltons à l’idée que la gourmandise puisse être classée parmi les vices.

Comme promis, je montrerai, début 2021, comment la vertu opposée à la gourmandise est la tempérance. La gourmandise apparaît alors comme une forme d’intempérance.

Et de l’intempérance, nous en avons avalé par chaudrons entier. Les Grecs parlaient d’Hybris. Nous dirions folie des grandeurs. Parler plus haut qu’on a l’esprit, raillait Jerphagnon.

Nous sommes noyés de discours délirants, assommés de projets hallucinants, comme le Grand Reset de Claude Schwaab et de ses affidés davosiens qui veulent fusionner le numérique avec le biologique. Ou alors le transhumanisme, qui est la manière la plus explicite de haïr l’humanité concrète. Alors que nous plions l’échine devant un « petit microbe de rien du tout » (Dr Jolidon), voilà qu’on nous veut implanter des puces dans le cerveau ou nous expédier respirer l’absence d’atmosphère sur la planète Mars. Rien à voir, dira-t-on! Il est vrai que ces projets-là sont bien antérieurs à la pandémie. Pas sûr hélas – et combien j’aimerais me tromper – qu’il ne faille s’aviser d’un mouvement synchrone: le rêve d’une humanité à reconfigurer en laboratoire, et que l’on contrôlerait, et dont on disposerait des corps pour les mouvoir vers leur nouvelle destinée.

La vaccination universelle, les inéluctables passeports Covid dont rêvent les insaisissables task forces qui bricolent nos destins, la généralisation du travail à distance avec les gigantesques énergies informatiques qu’elle implique... oui tout cela pourrait apparaître comme une forme de gourmandise, dont on sait qu’elle convoite souvent des nourritures bien malsaines.

Bref, 2020 fut une année qu’il faudra se garder d’oublier. En elle se cache peut-être la clé d’un destin sans liberté, sans joie et sans espérance.

Urgence de retrouver ces clés: il y des portes à verrouiller sans tarder... mais pour en ouvrir d’autres... et tout de suite.