1. janv., 2022

Un saut courageux dans la bouilloire 2022

Avec l’âge, le temps presse. Par quelque loi singulière de la Relativité, il s’écoule plus vite lorsque ralentit l’esprit qu’un amas d’années a fatigué. Le dernier passage à l’an neuf paraît remonter à trois mois et l’on se mettrait volontiers à écrire déjà la chronique du suivant, qui surviendra demain.

C’est vrai qu’il faut se dépêcher un peu, profitant de pouvoir compter encore les années comme on les compte depuis le début de notre ère, fixé au temps de la naissance du Christ. Qu’une erreur de calcul ait légèrement entaché la précision du comput n‘a de signification que marginale. Nous avons défini une civilisation repérée dans l’Histoire par l’an zéro. Aucun doute que d’aucuns vont tout soudain s’en offusquer.

Depuis qu’un esprit inclusif – une sorte de cerveau résiduel fonctionnant dans la Commission européenne – a proposé que la mention de Noël fût évitée, on peut aisément en imaginer un autre que l’usuel décompte des années choquerait dans ses convictions intégratrices.

Bon, d’accord! La proposition du cerveau résiduel a pour l’instant été rejetée par la Commission. Mais patience! L’affaire n’est qu’en stand by. Noël n’a qu’à bien se tenir. Déjà, le Manuel de communication inclusive du programme Erasmus propose aux étudiants de se souhaiter de bonnes vacances plutôt qu’un joyeux Noël, lequel fera bientôt partie des mots qu’on ne dit pas. Et 2022 – ou 2023 – pourrait sonner le glas de ce décompte qu’on remplacera peut-être par An 1,2,3 etc. de la grande réinitialisation.

Profitons donc de le pouvoir encore pour nous souhaiter les uns aux autres la meilleure année 2022 possible. Elle sera chaud bouillante, et pas seulement à cause du réchauffement climatique. Elle sera rude, et pas seulement à cause d’un alphabet grec qui paraît égrener sans fin ses calamités sanitaires. Elle sera bizarre, comme ces dernières années...mais lorsque se succèdent les années bizarres, on s’habitue et l’on finit par ne plus voir l’étrange.

On s’habitue à croiser nos semblables toujours plus semblables lorsque tous les visages se réfugient derrière un chiffon. On s’habitue à nommer vaccin ce qui n’en n’est pas un, à pleurer des morts qui échappent aux statistiques, à décliner son identité dix fois par jour ou à ne pas la décliner, si l’on a choisi de rester seul.

Au fond, on s’habitue à se croire en pleine bataille sanitaire alors que, bien au-delà d’un simple virus, c’est notre civilisation qui est mise à la question, par exemple dans la manière dont se conçoit désormais le rapport de la personne à l’Etat, toujours davantage tenté par un contrôle minutieux du citoyen. Et, pourrait-on ajouter, d’autant plus tenté que la résistance est faible.

Un exemple de cette étatisation rampante: L’économiste Philippe Herlin, spécialiste des crypto-monnaies, se fonde sur l’ouvrage signé par Klaus Schwab, The Great Reset, pour affirmer que le pass vaccinal deviendra rapidement un pass écologique. D’ailleurs, en Italie, ce document est déjà nommé green pass! Des expériences seraient mises en oeuvre, où l’empreinte carbone de chaque personne serait calculée d’après les déplacements de son téléphone portable, les points ainsi obtenus ou perdus figurant sur le fameux pass écologique. Tout cela commence à ressembler furieusement au crédit social à la chinoise.

On verra bien si, en 2022, cette compulsion du contrôle va s’accentuer, tant par la dérive autoritaire des pouvoirs que par nos passivités complaisantes. Ou alors, et ce serait alors un formidable espoir, si nous allons entrer dans l’ère des soulèvements, annoncée par Michel Maffesoli. Et les soulèvements que nous pourrions nous souhaiter pour 2022 seraient tout simplement ceux des esprits qui enfin s’éveilleraient et se mettraient à voir ce qu’il y a à voir.

Poursuivons pour l’instant avec l’analyse de Philippe Herlin. Dans le texte qu’il consacre à l’ouvrage de Schwab, il note qu’une destruction de l’économie actuelle est au programme, cette destruction étant considérée comme une condition nécessaire à la transition écologique. Le Covid 19 est l’occasion rêvée de mettre l’affaire en branle.

On comprend pourquoi les gouvernements (en tout cas les plus étatistes) s’acharnent à détruire l’économie par des confinements stricts, longs et répétés, cela ne relève pas de leur incompétence comme le croient les naïfs, ça fait partie du plan, c’est le Great Reset mis en œuvre, la destruction de la petite et moyenne entreprise, l’explosion de la précarité et la mise sous dépendance (de l’État) de millions de personnes, la restriction des libertés comme on ne l’avait jamais vu depuis la Deuxième Guerre mondiale, en somme un bond incroyable de l’étatisme dans tous les domaines. Et quand on en aura fini avec le Covid, le pli étant pris, ça continuera avec la lutte contre le réchauffement climatique. Dans l’éternel combat entre la liberté et la tyrannie, cette dernière marque incontestablement des points...(https://philippeherlin.blogspot.com/2020/11/le-great-reset-une-menace-pour- nos.html)

Pour Philippe Herlin, l’étonnement provient de ce qu’il attendait d’un texte provenant du Forum économique de Davos, un plaidoyer pour une économie ultra-libérale. En fait, ce libéralisme est condamné et remplacé par ce que Herlin nomme par ailleurs un capitalisme de connivence. Plus question de libre marché, les affaires se décidant entre les Etats et les monstres du type « GAFAM ».

L’affaire du Covid n’est donc que la pointe de l’iceberg, cet iceberg que notre civilisation occidentale s’apprête à emboutir, comme un Titanic avant naufrage, pour reprendre une image maintes fois employée par Michel Onfray.

La perspective est peu réjouissante, certes, encore qu’on la puisse concevoir sous un angle plus souriant. Un sourire disons... stoïcien: puisque notre civilisation s’en va dans les abîmes – et c’est le lot de toutes les civilisations – , essayons de tenir debout le plus longtemps possible. Restons dignes et fiers sur le pont du Titanic, ne cédant à aucune lâcheté. C’est la posture d’un Michel Onfray, précisément.

Cette posture suffit sans doute à notre génération de soixantenaires ou de septantenaires...jusqu’aux centenaires. Destinés à disparaître en même temps que ce monde, nous n’avons plus la force de nous engager dans la construction du suivant, d’autant que celui qu’on s’apprête à bâtir ne nous paraît guère désirable. Et si de stoïcien on devenait cynique, on ajouterait à l’intention des plus jeunes générations: A vous de vous arranger avec ce monde étrange que l’on nous prépare. Soit vous l’accueillez comme un avenir possible auquel cas c’est votre affaire. Soit vous le rejetez, et c’est à vous d’organiser la résistance que nous les vieux n’avons plus la force de mettre en oeuvre.

En 2022, nous y verrons peut-être un peu plus clair. Les fronts se seront révélés. Les batailles exacerbées ou alors émoussées. Les postures énervées ou alors résignées.

Non, nous ne nous ennuierons pas.