Une fin d'été.

23 août 2022

Profitons de cette fin de vacances pour évoquer de touches pointillistes quelques brimborions d’actualité. On y rencontrera des ministres à raz de terre, des avions peinant à décoller et une école qui fait ce qu’elle peut dans le monde tel qu’il est.

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C’était le 5 juillet dernier. On se souvient du vol de notre ministre Alain Berset. Précisions qu’on n’a pas cherché à nous le voler, notre Berset! Qui donc pourrait tirer avantage de nous le dérober? Il ne faut pas imaginer davantage que le ministre aurait commis quelque rapine. Il se trouve simplement qu’il est est pilote. C’est là, dira-t-il, son jardin secret. Quand d’autres en sont à gratter la terre, à récolter des navets ou arpenter les sentiers de randonnée, Berset vole. Il ne possède pas d’avion mais en a loué un pour survoler la France, on ne sait pour quelle destination. L’information est classée secret défense – telle est la définition militaire du jardin secret. Une erreur de trajectoire fait dériver l’avion vers une zone interdite et provoque l’intervention de la police du ciel qui contrait le coucou suisse à se poser. Et voilà notre ministre tout penaud – il volait seul – contrait de prouver aux policiers ses intentions pacifiques. Incident clos...mais pas pour tout le monde.

Certains politiciens – surtout alémaniques – s’ennuient pendant l’été. C’est qu’ils n’ont pas de licence de pilote. Alors ils se distraient à fomenter le scandale, souhaitant sanctionner cette erreur de trajectoire par un saut en parachute, entendez une démission forcée du malheureux ministre volant. Les Suisses alémaniques prennent les choses trop au sérieux. C’est même à cela qu’on les reconnaît. L’affaire est pourtant amusante: un ministre, ancien et peut-être futur président de son pays, tout seul derrière son manche à balai, arraisonné par les forces armées d’un Etat voisin, voilà qui prête davantage au sourire qu’à l’indignation. Imaginez Macron survolant incognito le Lac des Quatre Cantons et contraint d’atterrir à Dübendorf par deux Pilatus menaçants!

Bref, l’affaire n’en n’est pas une, mais on tirera deux leçons. On est d’abord conforté dans la conviction qu’un ministre, surtout en charge de la santé, peut commettre des erreurs de trajectoire. Cela peut arriver! On s’avise ensuite qu’un politicien tenté de prendre un peu de hauteur se fait rapidement ramener sur le plancher des vaches. Telle est la morale de l’histoire.

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Le Parti socialiste et le GSSA (Groupe pour une Suisse sans Armée) ont déposé un référendum pour s’opposer à l’achat des appareils américains F35. Le peuple suisse avait accepté l’achat, mais ne chipotons pas. En démocratie quasi-directe, le peuple peut contester une décision qu’il a lui-même prise, puis s’opposer par référendum à l’annulation de la décision qu’il avait prise avant de l’annuler. Et ainsi de suite! La gauche donc ne veut pas des zincs américains, trop chers et trop luxueux. Les plus modérés accepteraient de remplacer les vieux jets poussifs actuellement en service mais préféreraient un contrat intra-européen.

C’est à se demander si Alain Berset n’aurait pas, dans le plus grand secret et sous le prétexte d’un voyage privé, voulu tester l’efficience des chasseurs français, lesquels feraient une alternative intéressante à leurs homologues américains! Examen réussi, semble-t-il.

En mai dernier, Mme Viola Amherd, générale en chef (ou en cheffe) de notre armée, s’est rendue aux USA. Dommage qu’elle n’ait pas, du moins à ma connaissance, tenté de survoler Washington en toute illégalité, aux commandes d’un aéronef emprunté pour l’occasion. C’eût été l’occasion de mettre les machines américaines à l’épreuve! Tant pis! C’est peut-être simplement parce que Mme Amherd n’a aucune notion de pilotage.

On pourrait envisager aussi des chasseurs italiens. L’histoire suivante – parfaitement authentique – démontrera que ce ne serait pas une bonne idée.

L’affaire remonte à une trentaine d’années. Mon neveu, ancien officier et directeur de l’aéroport de Venise m’invite à grimper dans un vieux coucou passablement délabré, non sans me recommander de tenir fermement la porte dont la serrure est déficiente. Et nous voilà partis pour un vol en rase mottes au-dessus de la Place Saint-Marc. Bon Suisse et bien discipliné, je demande à mon neveu si tout cela est bien légal. Réponse de l’intéressé: pas de problème, en Italie, tout ce qui est interdit est obligatoire!

Le fin mot de l’histoire est qu’aucune police du ciel – avec ses Alenia AMX ou ses Aeromacchi MB 339 – n’est parvenue à nous rattraper. Ce n’est donc pas de ce côté là qu’il faut chercher une alternative aux F35.

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Pourrait-on se tourner vers les Finlandais? Pas de chance, ils volent américain! Et comment négocier avec un pays dont la première Ministre, Madame Sana Marin, se fait arraisonner en plein ciel d’effusions festives et ramener piteusement sur terre par des vidéos dont on ne sait pas si elle les a volontairement diffusées ou si elle s’en est fait piéger. On la voit se déhanchant avec des amis...mais rien de plus. Cela suffit à l’indignation et au scandale, à croire que les Finlandais ont appris l’humour chez les UDC zurichois. Bref, c’est une tempête dans un verre d’eau... ou d’alcool. Et puisqu’au pays des grands froids et des nuits interminables, on ne plaisante pas avec les erreurs de trajectoire, on contrôle les urines de Madame la Première Ministre. Les résultats viennent de tomber: aucune trace de drogue. Atterrissage en douceur donc pour Mme Marin! Pour le dire en passant, j’ignore si les urines ministérielles helvétiques ont été analysées!

De tout cela, on ne va pas faire un fromage! Ces faits divers montrent simplement que dans des pays comme la Finlande ou la Suisse, affairés à vendre leur neutralité au plus offrant, le débat politique peine à trouver des vents ascendants!

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Et puis, chez nous, c’est la rentrée scolaire. Dans plusieurs cantons alémaniques – où l’on sait que ça ne rigole pas – les élèves transpirent sur leurs bancs depuis le... 8 août déjà. C’est qu’il s’agit de forger le caractère du petit Suisse aux bras noueux! Rien de tel pour y parvenir que des dictées ou des problèmes effectués par trente-cinq degrés à l’ombre!

Les Romands, moins héroïques, attendent la mi-août, voire la fin du mois, pour se remettre à la tâche.

On aura ici une pensée émue pour ces ministres que sont les directeurs d’école. Lorsque j’occupais ces fonctions, je me suis frotté aux abréviations dont on décore si volontiers les élèves – un peu comme on agrafe de disgracieuses étiquettes jaunes aux oreilles des vaches et des chèvres. A l’époque, l’étiquette HP était à la mode. Elle l’est toujours. Mais on y a ajouté le Thada, devenu TDAH puis toute la flopée des dys, sans oublier le TSA, trouble du spectre autistique.

La liste ne suffisant pas au châtiment, voilà que s’y ajoute le LGBTetc. Un élève se présente. Il s’appelle Jules. Mais non, fait l’enfant, moi c’est Julie. Le père acquiesce. La mère se révolte et le directeur d’école tente de calmer le jeu. Mais c’est trop tard: on a déjà commencé le traitement hormonal et le chirurgien est prêt à intervenir. De mon temps on se plaignait déjà de l’enfant-roi. Il ne l’est plus. Il est devenu Dieu.

Et puisque vous appréciez les histoires authentiques, celle-ci m’a été rapportée il y a quelques jours par un amie directrice d’une école privée en Suisse romande. Histoire épatante car toute brève: Papa, maman et enfant iel se présentent pour une inscription. Première question, première préoccupation, première angoisse, premier souci pédagogique: Avez-vous des toilettes non genrées?

Ce qui démontre que le directeur d’école se transforme en gestionnaire de lieux d’aisance. C’est toute la noblesse du métier.

Piloter une école est désormais bien plus complexe que d’éviter les trajectoires douteuses aux commandes d’un avion. Les turbulences sont permanentes, les trous d’air inévitables et on navigue à vue, sans y voir grand chose. Disons que cela ressemble à du vol acrobatique en plein brouillard. On ne sait trop ce que font les aiguilleurs du ciel pédagogique. Ou plutôt, on sait qu’ils s’embrènent dans leurs trajectoires et font la fête un peu trop souvent, un peu trop tard dans la nuit.

Aucun doute que tout cela s’achèvera dans un crash meurtrier.

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Bref, il y a les faux problèmes et les vrais. Les faux nous distraient un moment. Les vrais pourraient nous faire perdre le sens de l’humour.