De l'autre qui infecte.

8 mai 2022

Il ne faut pas voir tout en noir. Les pires calamités sont parfois sources de lumière.

Prenez par exemple les deux années de pandémie dont nous venons de sortir avant d’y retourner fissa, c’est-à-dire sur l’heure pour parler un arabe approximatif. Pas tout-à-fait fissa en réalité. On attendra tout de même les mois froids sauf si, d’ici là, l’Occident déclenche une vaste campagne de vaccination nucléaire. Une éradication, pour le coup! Je ne voudrais pas faire du mauvais esprit. Reste que ce vaccin-là sera lui aussi made in USA, quoi qu’on en dise.

Deux ans de pandémie, voilà qui nous a rendus plus intelligents. La lumière, la leçon apprise, la sagesse exercée se nomme... confinement.

Nous ne survivrons désormais qu’isolés des autres. Eloignés, nous demeurerons immunes. Qu’importe s’il a fallu à l’humanité des dizaines de siècles pour s’en aviser. Nous voici désormais informés, lucides, éclairés de pure science: seule nous sauve la stricte solitude et la séparation d’avec ceux qui s’ingénient à nous infecter.

Il faudrait, même en politique, se cultiver d’un peu d’épidémiologie. En commençant par isoler les pays les uns des autres: que les Suisses restent entre eux – c’est tellement évident qu’en Suisse, l’expression en Suisse signifie l’exquise jouissance de l’aparté. Boire en Suisse, c’est s’enivrer seul!

On pourrait ajouter: l’Espagne aux Espagnols. Ils n’auraient plus à se donner la peine d’embastiller l’ukrainien Anatoli Charïï sous prétexte de sympathies russophiles. Il y en a même en Espagne qui se risquent à revendiquer la Catalogne pour les Catalans.

Raymond Devos hésitait à proclamer: La France aux Français. Ce ne serait plus la France disait-il! Il faudra pourtant bien en passer par là, comme le souhaite Eric Zemmour.

Et puis ne serait-il pas judicieux d’accepter aussi que l’Ukraine fût rendue aux Ukrainiens... et pour cela isolée des Etats-Unis, c’est-à-dire de l’Europe? Et libérée de l’OTAN, ce chien qui aboie aux portes de la Russie, comme rugit le Pape, pour une fois inspiré? Que n’exige-t-on l’isolement strict du Vatican? Quant aux Russes, précisément, on ne saurait trop les encourager à rester chez eux, sans céder aux gourmandises des cuisines chinoises ou indiennes. Mais la gourmandise est, selon certain Pères hésychastes, le vice capital à l’origine de tous les autres.

On ne peut donc que se féliciter de cette vaccination universelle – non nucléaire – que l’on désigne sous le nom de sanctions: que chacun se chauffe à son propre gaz, que chacun cultive son petit blé local, que chacun extraie de son sol les métaux rares et se nourrisse de fruits indigènes. Chacun son métier, les vaches seront bien gardées (Claris de Florian, Le vacher et le garde-chasse).

Nous n’avons d’avenir qu’isolés dans nos abris.

Sartre avait raison: L’enfer, c’est les autres. Parce que l’autre est dangereux, parce qu’il infecte, parce qu’il transmet la maladie et la mort. Et qu’il ne sait faire que cela.

Vive donc le confinement! Ecoutons les épidémiologues. Pas tous! Seulement ceux qui, sur les plateaux de télévision, démontrent qu’il n’y pas d’autre chemin. Les autres, on le sait, ne sont que sombres complotistes.

Et l’humanité sera propre sur elle, pure, chaste et en parfaite santé. Elle ressemblera à ces tableaux pointillistes dont il faut s’éloigner un peu pour en discerner le sujet.

Ce ne sera pas très amusant, je vous l’accorde! Mais au moins survivrons-nous, immunes et purs, flottant chacun dans un bocal – stérile – de ténèbres (L. Bloy).

En attendant, chacun dans notre coin, la mort elle aussi solitaire et chaste.